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Soufiane Djilali: « Le risque est de se retrouver face à des urnes vides le 12 Décembre en Algérie »

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Propos recueillis par Nawel Thabet

Le président du parti Jil Djadid en Algérie, Soufiane Djilali ,a déclaré dans une interview accordée au site Medianawplus; à la marge de sa participation, à la conférence « La Révolution de la Souveraineté » , qui s’est tenue le 23 Octobre à Paris.Qu’une grande majorité de la population en Algérie, refuse d’aller voter le 12 Décembre. Il poursuit que le risque, est de se retrouver face à des urnes vides.

le 24 août dernier, vous avez participé à la réunion de l’opposition et de la société civile en Algérie .Vous avez proposé un « Jumelage » entre les deux options,avant les élections présidentielles.Pourriez- vous éclaircir votre proposition?

Soufiane Djilali:La sortie de crise en Algérie a été analysé de deux façons différentes par l’opposition en générale.Et donc les propositions découlent de deux analyses: Une partie de l’opposition propose d’abord l’élection d’un président, et l’autre partie estime que dans l’état actuel de la constitution qui a été modifiée à plusieurs reprises, ce président élu pourrait user des pleins pouvoirs que lui confère la constitution actuelle et ainsi perpétuer le mode de régime en place.

alors la proposition »Jumelage », que j’ai faite était que : Oui, pour les élection présidentielles comme un premier pas pour une sortie de crise, mais il fallait d’abord demander à l’ensemble des candidats de s’engager dans un pacte ou une charte de manière à ce que le président qui est élu convoquera des élections législatives anticipées et qu’il ouvre le dossier de la constitution en tant qu’un engagement dans son propre programme. Pour aboutir à de véritables changements institutionnels.

On aurait déjà assuré la l’égalité et la stabilité à la tête de l’État, et en même temps , on aura donné les assurances et les garanties nécessaires à la transformation des institutions.

Malheureusement le pouvoir s’est précipité pour organiser les élections  présidentielles sans préparer ni les conditions politiques ni les conditions morales d’un tel scrutin. Et maintenant les élections du 12 Décembre sont refusés par une grande majorité du peuple Algérien.

Faut-il s’inquiéter du maintien du scrutin du 12 Décembre,et pensez-vous que cela va compliquer la transition démocratique?

Soufiane Djilali : C’est exactement le terme que nous avons employé.On a bien dit que les élections du 12 Décembre allaient compliquer la situation et non pas la résoudre. Le mieux qui puisse arriver , c’est qu’on reporte les élections . Mais le pire, en cas de maintien de ce  scrutin, c’est de se retrouver face à des urnes vides.Vu le refus de la population d’aller voter.

En cas de maintien du scrutin ,comment voyez-vous l’avenir de l’Algérie après ces élections?

Soufiane Djilali: À ce moment là, on aura  un président pratiquement désigné.Le taux de participation sera faible, et sa légitimité sera d’autant plus faible.A partir de là, le pouvoir cherchera à récupérer de la légitimité  par le biais de la communication et en couvrant de cadeaux l’ensemble de la population.

 Soufiane Djilali?

Auteur du livre  » La société Algérienne choc de la modernité, crise des valeurs et des croyances » au éditions Jil Djadid.

Président du parti Jil Djajid  « Nouvelle Génération »fondé en mars 2012. Soufiane Djilali  61 ans , est docteur en médecine vétérinaire.

Candidat à l’élection présidentielle Algérienne de 2014, il annule sa candidature après la décision du président sortant de se présenter pour un 4e mandat.

 

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Le chef du parti Jil Jadid Soufiane Djilali « Des législatives anticipées pourraient avoir lieu, au plus tard, en juin 2021 »

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Propos recueillis par Nawel Thabet / Medianawplus

 

Pour le chef du parti de l’opposition Jil Jadid Soufiane Djilali,  l’épisode de la maladie du président de la République Abdelmadjid Tebboune, est clos.Et place maintenant aux réformes annoncées, afin d’établir une vraie démocratie comme en rêvent les algériens.

Il pense, dans une interview accordée à Medianawplus,  que les élections législatives anticipées pourraient, se tenir, au plus tard, en juin 2021.

Par ailleurs, le chef du parti Jil Jdid, espère à la veille du deuxième anniversaire du Hirak, que ce dernier s’investisse dans la vie politique et publique.

Le président Abdelmadjid Tebboune a lancé , samedi 13 février juste ,après son retour d’Allemagne, des discutions avec les chefs de partis politiques de l’opposition du pays. Comment traduisez-vous cette démarche ,en tant que président du parti Jil Jadid?

Aussitôt rentré, le président de la République s’est engagé dans une activité soutenue, ce qui signifie que l’épisode de la maladie pour laquelle il a été absent du pays est désormais fermé.
Par ailleurs, le fait que le président commence par des rencontres avec les responsables des principaux partis politiques de l’opposition,  signifie clairement qu’il veut conforter le dialogue comme un outil de travail. Il écoute la classe politique et s’est ouvert à l’opposition.
Enfin, j’ai compris, qu’il entend poursuivre les réformes annoncées, et commencer, par construire les nouvelles institutions que tout le monde souhaite ,démocratiques et légitimes.

Quels sont les principaux points évoqués pendant ces discutions?

Le premier point concernait le projet de révision de la loi électorale. Nous avons eu un échange et il a pris note. Il n’avait pas encore pris la décision finale sur certains points, dont la question des 4 % que nous avons soulevé, et qui, de notre point de vue, ne permet pas de construire une nouvelle Algérie, en faisant ainsi référence à des résultats d’élections organisées sous l’ancien régime et qui, de notoriété publique, avaient été trafiquées.
Naturellement, ces discussions autour de la loi électorale ont pour objectif l’organisation d’élections législatives anticipées qui pourraient avoir lieu, au plus tard, en juin 2021. Le calendrier n’est pas encore fixé, le président ne m’en a pas fait part, mais j’ai compris que ca sera  assez rapide. Des élections locales anticipées sont également prévues avant la fin de 2021.
Nous avons également réaffirmé notre position appelant à des mesures d’apaisement. Enfin, et dans cette discussion assez longue que nous avons eue, je me suis permis de dire au président mon sentiment sur ce qui se passait dans la réalité, les difficultés que rencontraient les citoyens, les problèmes de justice et de bureaucratie, la corruption, le fonctionnement de l’économie algérienne, la dévaluation du dinar…

Pensez-vous que le président Tebboune détient une nouvelle stratégie pour construire ce qu’il appelle  » La nouvelle Algérie » ?

Le président de la République décline la feuille de route qu’il a publiquement annoncé dès sa prise de fonction et dont il m’avait parlé lors de notre 1er entretien en janvier 2020.
Au nombre des réformes sur lesquelles il s’est engagé, il avait dit qu’il souhaitait renouveler les assemblées élues pour leur donner légitimité et représentativité après avoir fait adopter par les Algériens une nouvelle Constitution qui consacre plus de libertés, réponde aux revendications du Hirak et permet d’engager le pays sur la voie de la construction de l’État de droit. C’est cette démarche que nous avons soutenue en ayant choisi de répondre favorablement a  l’offre de dialogue proposé.
Malheureusement, ces réformes urgentes ont connu un retard dû à la pandémie et à la maladie du président, même si la révision de la Constitution a pu être menée à son terme.
Maintenant que l’épisode de santé est clos, le président reprend le cours des réformes annoncées.

Pensez- vous que le président Tebboune va annoncer des mesures fortes pour aller plus loin et créer la fracture avec l’ancien régime Bouteflika afin d’apaiser la scène politique en Algérie, ou, c’est juste des manipulations politiques, à la veille du second anniversaire du Hirak?

Il me semble que le président Tebboune a tiré les enseignements du Hirak et il réitère à chaque occasion sa volonté d’aller le plus loin possible dans la concrétisation des revendications du Hirak pour l’établissement d’un Etat de droit. Petit à petit, les fondamentaux commencent à se dessiner, en particulier après l’adoption de la nouvelle constitution en novembre dernier.
A Jil Jadid, nous avons toujours dit que si, sur la base de cette profession de foi, nous avons accepté le dialogue destiné à concrétiser les revendications du Hirak, nous avons toujours dit aussi que nous jugerons sur pièce chaque pas et chaque acte. En disant cela, nous ne restons pas inactifs. Nous agissons pour que le pouvoir s’ouvre à la société politique et accède à ses demandes légitimes ,dont ,l’ouverture du champs politique et médiatique. La responsabilité d’une classe politique sérieuse et engagée en faveur du changement réel,est de s’impliquer effectivement et de ne pas être dans une posture attentiste qui laisse le champ libre aux apprentis sorciers et aux nihilistes de tous bords, sans parler des partis de l’ancien régime. C’est la raison pour laquelle nous ne cessons de répéter que le Hirak doit s’orienter vers l’investissement de la vie politique et publique.

Quant aux grandes réformes, elles démarreront après l’élection du nouveau parlement élu dans la transparence, et avec un gouvernement légitime, même si cela n’empêche pas qu’entre-temps, il y ait tout le travail de préparation en amont.

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Le recteur de la Grande Mosquée de Paris Chems-eddine Hafiz « la charte des principes est un texte historique »

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Propos recueillis par Nawel Thabet / Medianawplus

 

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris Chems-eddine Hafiz, s’est félicité lundi 18 janvier de la présentation du texte de »la charte des principes  » au président de la République, après de longues semaines de négociations et de debat très houleux.

Dans un entretien accordé a Medianawplus, Chems-edinne Hafiz, qualifie le texte d’ historique, jamais une organisation musulmane n’a pu en rédiger, selon ses propos.

Il a précisé que le président de la République a été extrêmement satisfait de ce projet de charte qui marque une étape importante.En ajoutant ,que le chef de l’État a  confirmé que, »tous ceux qui ne signeront pas cette charte, ne pourrons plus être dans le sens représentatif de l’islam. »

 » La charte des principes », c’est au sujet de cette charte des principes de l’islam que le président de la République Emmanuel Macron vous a reçu lundi 18 janvier, quelles sont les différents points que vous avez évoqué ensemble ?

Le projet de charte, contient trois points importants:Le premier  concerne la définition de l’islam politique,parce que nous voulons qu’à travers cette charte ,on puisse dire: C’est quoi l’islam politique?

Jusqu’à présent, c’est un concept qui est extrêmement vague.On sait que ce sont des islamistes .mais là ,on tenu a préciser, de qui  s’agit-il exactement?  Et, c’est toutes les formes d’instrumentalisation de la religion à des fins politiques qui ont été dénoncées

Le deuxième point c’est la non ingérence de l’étranger sur l’organisation du culte musulman.

Il y a de nombreux pays: le réseau du wahabisme, le Qatar…  qui veulent absolument s’imposer  en France  en donnant par exemple de l’argent pour la construction des mosquées. Et ça  nous devons absolument le rejeter.  il faut un contrôle strict de l’argent qui vient de l’étranger.

Le troisième point ,ce sont tous les concepts islamistes tels que »l’alliance et le désaveu »  , »al -wala wa -l bara » , » takfir wa-l hijra », » al rida » l’Apostasie ,qui doivent être pris en compte dans le texte,afin  que nous puissions mettre au point le contexte dans lequel doit s’inscrire l’ islam que nous voulons ici en France et, quelle est la marche de la pratique de la  religion de l’islam ici en France.

Et enfin, le dernier point c’est la sanction .C’est à dire que toutes les fédérations signataires de cette charte se verront exclues   de toutes les  institutions représentatives de l’islam en France si elles venaient a ne pas respecter les principes de cette charte.

À ce titre là  le président de la République, a été extrêmement satisfait de ce projet de charte qui marque une étape importante,. surtout que nous sommes à la veille de la présentation du projet de loi de renforcement des principes Républicains à l’assemblée nationale. Donc là au moins les choses sont claires

le président de la République a dit que tout ceux qui ne signeront pas cette charte,  ne pourrons plus être dans le sens représentatif de l’islam.

Voilà les grands points que nous avons abordés avec le président de la République.

Vous avez claqué la porte des discutions sur la charte et le futur du conseil national des imams CNI, en pointant le doigt sur l’influence d’une « composante islamiste » au sein du conseil français du culte musulman CFCM, qu’est ce qui vous a fait changer d’avis puisque vous avez  de nouveau participé  aux négociations?

Je suis sorti, parce que des méthodes indignes ont été utilisées pour faire capoter ce projet,. Bien évidemment , la Grande Mosquée de Paris est une instance incontournable de l’islam ici en France,et ,je ne pouvais pas me retirer simplement.

J’ai donc œuvré pour que ce projet de charte soit corrigé  , en incluant les éléments que j’ai évoqué plus haut et, qui ont été proposés par la Grande Mosquée de Paris.

Et lors de notre rencontre avec le ministre de l’intérieur samedi 16 janvier avec le président du CFCM Moussaoui et Ibrahim Alci qui représente la partie turque,on a validé ensemble ce texte .

C’est  à ce titre là que j’ai revu ma position ,parce qu’ il ne s’agit pas à me retirer à titre personnel mais l’enjeu était l’intérêt de l’islam et de la Grande Mosquée de Paris.

Est-ce que vous avez un réel espoir que ce projet aboutisse ?

Écoutez ,il faut dire que la charte que nous avons signé lundi 18 janvier est un texte historique.Jamais une organisation musulmane n’a pu en rédiger , et n’a pu aller aussi  loin dans la description de ce qui est la pratique religieuse .

Et à ce titre là, aujourd’hui en France ,dans ce pays laïque, les pouvoirs publiques vont enfin savoir quelle est la bonne, et ,la mauvaise pratique de l’islam.Parce qu’il y a la mauvaise pratique qu’on appelle islamiste.

Il y a aujourd’hui des musulmans qui veulent vivre paisiblement en France et, qui ne doivent pas être les otages d’organisations islamistes ,qui sont là simplement pour faire en sorte, d’éloigner la communauté musulmane de la communauté nationale. Et ça, c’est  insupportable.

Aujourd’hui, je pense qu’on a vraiment fait œuvre utile parce qu’il y a de la pédagogie.

Maintenant ,les gens vont lire le texte, qui va prendre de l’ampleur , l’étudier et j’espère l’adopter, et,je viellerai a ce qu’il soit exécuté de manière normale et que les choses s’établissent.

Nous avons un Conseil national des imams qui va être mise en place. Il faudra que les principes énoncés dans cette charte soient respectés et ,que le conseil national des imams fasse son travail  afin d’intégrer les nouveaux imams .

Selon vous quelle sont les éléments qui ralentissent ou qui bloquent l’avancée de ce projet et que réclament certains imams ou que contestent-t-ils?

Le statut du conseil national des imams est prêt :le règlement intérieur, la qualification des imams .avec la création de trois chefs d’appellations:Imam débutant, prédicateur et conférencier.Tout les documents sont prêts.mais, il fallait absolument ,d’abord signer cette charte.

Nous  n’allions pas agréer des imams ,pour officier ici en France, alors que nous ne savions pas a quelle fédération ils allaient etre affiliés? Donc, nous avons tenu a ce qu’il y est ce filtre de la charte des imams ,qui permettra aussi, aux associations qui ont signé cette charte ,de participer au conseil national des imams . Et là aussi  ça va aller vite.

Je pense que le conseil national des imams est une nécessité parce qu’il est important d’avoir aujourd’hui un organe qui va agréer les imams. Il va s’assurer de leurs formations, de leurs statuts, pour qu’ils puissent avoir une vraie carrière.

Il va falloir rassurer toutes les personnes qui se destinent a la carrière d’imam, sur leurs status , leurs rémunérations, et le déroulement de leurs carrières.

Ce seront des professionnels , des ministres du culte, et , non pas des imams accessoires , comme c’est parfois le cas aujourd’hui.

Que faut-il faire avec les imams qui sont contre?

l’imam doit également voir, où sont ses intérêts. le fait qu’il soit agrée par le Conseil national des imams (CNI ), va lui donner un certain nombre d’avantages.Il va bénéficier d’une formation gratuite, d’un certain nombre de dispositions, parmi lesquelles, sa relation avec les pouvoirs publics. C’est a nous de le convaincre, de le persuader, du bien fondé de notre action.

 

 

 

 

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Le politologue François Burgat « Il y a un grave dysfonctionnement de la représentation des musulmans de France »

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Propos recueillis par Nawel Thabet/ Medianawplus

 

Pour le politologue François Burgat, la dissolution du CCIF et Baraka City est un marqueur dans l’histoire contemporaine de la France. Il pense pouvoir affirmer, dans une interview accordée à Medianawplus, que la France est, ce faisant,  “sortie de l’État de droit”. Il rattache cet épisode au vieux dossier de la sous-représentation politique dont souffrent les Français de confession musulmane depuis de nombreuses décennies.

L’existence du CFCM n’a en rien amélioré cette situation puisque, on l’a vu, il s’est récemment solidarisé  avec l’attaque du gouvernement contre  le  CCIF.

Pour le politologue spécialiste du monde arabe et musulman,  la critique radicale de l’imam Hassan Chalghoumi formulée  par le président de la fondation de l’Islam de France, Ghaleb Bencheik, reflète en réalité  l’état d’esprit d’une vaste majorité des musulmans de France lassés par la mise en avant de personne de l’imam de Drancy qui relève à ses yeux de la fabrication de “fausses élites” médiatiques musulmanes.

Violences policières, loi de séparatisme, sécurité globale, dissolution des associations musulmanes, fermeture de mosquées, qu’est-ce qui se passe en France?

Ce qui se passe en France ne vient pas de nulle part. Cette crispation brutale du gouvernement n’est pas due à… un changement de lune. C’est le résultat d’une prise de conscience  par le Président de la République que s’il veut être réélu – le libéralisme excessif de ses politiques lui ayant fait perdre les voix de la gauche –  il lui faut conquérir celles des électeurs de droite et même d’extrême-droite.  Donc, je dirai que, très cyniquement, il a déclenché une sorte  de compétition avec Marine le Pen sur  un des terrains d’excellence de l’extrême-droite, qui est  l’amalgame entre terrorisme et islam, en particulier le rejet plus ou moins complet de la présence musulmane en France d’une manière générale.

Comment traduisez- vous cette dissolution du CCIF et Baraka City ?

C’est à mes yeux,  sans exagération aucune,  un épisode particulièrement grave de l’histoire contemporaine de notre pays. En pesant mes mots, je crois que l’on peut dire que nous sommes, ce faisant,  sortis de l’État de droit.  Si on regarde bien le dossier, tout particulièrement dans un pays  qui se prétend  par ailleurs champion toutes catégories de la défense de “la liberté d’expression”, il n’y a absolument rien de juridiquement crédible,  sauf à vouloir poser les bases de la dissolution de dizaines d’autres associations, aucunement musulmanes.

Le CCIF était en réalité  l’une des seules institutions musulmanes qui avait une certaine crédibilité et donc une certaine légitimité. Cette légitimité, il l’avait acquise  parce qu’il était en prise avec les états d’âmes d’une majorité des musulmans. Cela impliquait donc qu’il pouvait tenir un discours dont certaines des tonalités – telle par exemple le refus d’être Charlie”, le droit de critiquer l’État hébreu ou de dénoncer certaines pratiques policières – étaient formulées sur un registre  oppositionnel. Et c’est uniquement cela qui est apparu comme insupportable au gouvernement. C’est sur cette seule base que le CCIF a été  dissous.

Pour comprendre les racines de cet épisode, il faut remonter au discours des Mureaux . Pour la première fois, le 2 octobre 2020, ce discours de suspicion et de criminalisation de très larges pans de la communauté musulmane,  longtemps cantonné à  l’extrême droite, puis à de larges composantes de la droite et, hélas, à  la gauche “valsiste”,  est devenu le discours de l’État.

Quel est ce discours de criminalisation des musulmans?

Pour faire simple,  c’est un  discours qui s’est  nourri de l’amalgame remis au goût du jour  par Bernard Rougier dans son ouvrage sur “Les territoires conquis de l’islamisme” (Stock 2019). Les affirmations qu’il contient,  discours jamais démontrées  sur le terrain et dont aucune  n’est de surcroît quantifiée statistiquement, corrèle sans nuance le simple  respect  des principaux marqueurs de la foi musulmane avec… le terrorisme. Celui ou celle qui défend le port du  hijab bien sûr, mais également ceux qui consomment  de la viande halal ou pratiquent  l’assiduité aux prières quotidiennes sont aux yeux de Macron ou de son ministre de l’intérieur  sur une pente, ou au sein d’un “eco-sytème islamiste” qui les conduit inéluctablement vers le terrorisme.

L’opprobre républicaine, la criminalisation par la République des musulmans, n’est plus cantonnée ainsi  à une petite frange de ceux, il en existe, qui revendiquent un discours ou des pratiques de rupture. Le seul respect strict des exigences cultuelles, ou, pire encore, l’adoption par des musulmans de postures oppositionnelles est considéré comme un marqueur, i.e. une preuve  de “radicalisation” hostile aux institutions de la France. Y compris, dans le cas du CCIF, pour ceux qui – loin de tout engagement politique – s’étaient donné pour mission de combattre sur le terrain judiciaire  les conséquences de cette atmosphère de stigmatisation généralisée de nos compatriotes musulmans.

Le terrible paradoxe de ce discours est qu’il  réussit très précisément à crédibiliser cette fracture dont rêvent les stratèges de Daesh. Car il  énonce l’illégitimité républicaine, il exclut du tissu politique légitime  non pas une frange “radicalisée” mais une large majorité des musulmans pratiquants. Ce schéma légitime ainsi un antagonisme destructeur qui est précisément celui sur lequel Daesh  entend prospérer. Le Président Macron, au discours de Mureaux, a fait  sien ce discours. Et bien sûr, il a  instauré ce faisant  une véritable « police de la pensée » pour traquer, en les qualifiant, selon la terminologie du groupuscule du “Printemps républicain”,   d’ “islamo-gauchistes”,  qui refusent d’aussi abrupts raccourcis analytiques.

Pour étayer cette stratégie de  criminalisation, et dissoudre Baraka City et le CCIF  le président  et son ministre Darmanin n’ont pas eu peur de mettre en œuvre des raisonnements juridiques d’une exceptionnelle fragilité. Et Conseil d’État, au moins dans le cas de  Baraka City, a refusé de les condamner.  L’État s’en est pris frontalement à une association qui avait en fait pour seul tort de défendre  des opinions qui, au même titre que celles de nombreux Français non musulmans, dont je m’honore de faire partie, se démarquaient , de la façon la plus légale qui soit, des options  très idéologiques adoptées par le parti au pouvoir.

En 2017, le Président Macron, alors candidat à la présidentielle, dénigrait le CFCM et aujourd’hui il le place au devant de la scène pour chapeauter le projet du Conseil national des imams CNI, qu’est-ce qui a changé depuis, selon vous?

Le cadre général de cet épisode c’est cette tradition –  qui, en France, est ancrée dans  l’histoire de la colonisation-  d’interférer avec les mécanismes de la  représentation de nos compatriotes  musulmans. Lorsqu’en Algérie ceux-ci n’étaient que  des Français musulmans”, les Français de confession musulmane étaient déjà des citoyens de seconde zone.

Après l’indépendance, sous des formes diverses, le mécanisme de leur “mé-représentation” s’est prorogé sur le plan parlementaire bien sûr du fait des modes de scrutins majoritaires  mais bien plus spectaculairement encore sur le plan médiatique.  Le gouvernement s’efforce, et il y parvient parfaitement,  à imposer dans l’espace public  des voix musulmanes faussement réputées représentatives dont le rôle est de cautionner  la  domination de leur communauté et, le cas échéant, de discréditer celles de leurs coreligionnaires qui voudraient adopter un discours et des revendications oppositionnels.

Le CFCM est apparu, très fugitivement, comme une institution qui pouvait  gagner un petit peu en représentativité. Et à ce moment-là, Macron a été de ceux qui ont contribué à le discréditer. Mais le CFCM est depuis lors rentré dans le rang. La preuve en est cette véritable forfaiture qui l‘a vu cautionner l’attaque contre le  CCIF. Ce qui montre bien, qu’il est rentré dans le rang des institutions complètement aliénées au pouvoir et  qui, comme telles, ne représentent aucunement une écrasante majorité des musulmans.

Pensez-vous que ce projet sera concrétisé avant les élections présidentielle de 2022 et, surtout, pensez-vous qu’il puisse permettre d’en finir avec l’islam consulaire?

Tout n’est pas mauvais dans la démarche qui entend à en finir avec le système de l’islam consulaire. Il faut seulement savoir ce que l’on entend y substituer !

En caricaturant à peine, il y a 30 ou 40 ans, quand le gouvernement voulait parler aux musulmans de France, il s’adressait  directement  aux généraux algériens par le biais de la mosquée de Paris, “la plus grande mosquée de France” qui est, en fait, une institution étroitement soumise aux autorités algériennes. La concertation avec les musulmans de France d’origine algérienne passait donc par les autorités algériennes. On était vraiment là dans le mécanisme de l’islam consulaire.

Ce qui s’est passé au cours de ces 40 années écoulées, c’est que ce système a montré ses limites. Pourquoi? Parce que, de génération en génération, les musulmans de France, de plus en plus diplômés et donc capables d’exprimer eux-mêmes leurs besoins, se sentent de moins en moins algériens, tunisiens, marocains, et de plus en plus français.

Et deuxièmement, parce que les régimes maghrébins qui étaient  censés servir leurs intérêts sont apparus comme de moins en moins démocratiques. Ils ont logiquement été de plus en plus  récusés par ces citoyens français à qui on voulait imposer des décisions – le plus souvent étroitement soumises aux attentes du gouvernement français – qu’on savait  importées des pays de leurs… ancêtres.  Mettre fin au système consulaire et faire que le mécanisme de la représentation des musulmans de France  soit… français,  est donc une excellente chose.

Il en va de même sur le principe de rapatrier la formation des imams, confiée par François Hollande au “grand pays de la laïcité à la française”  et de la démocratie qu’était à ses yeux  le… royaume marocain du Commandeur des Croyants !   Mais tout porte à croire, et l’attitude du ministère de l’Intérieur vis-à-vis du CCIF vient une nouvelle fois de le démontrer, que le gouvernement n’est pas près à laisser émerger un tissu associatif un tant soit peu en prise avec les attentes réelles, et donc,  le cas échéant oppositionnelles, d’une large majorité des musulmans.

Donc, oui bien sûr,  à la fin de l’islam consulaire, mais pas pour y substituer une autre tutelle, plus intrusive encore, de la part de l’État français, qui aboutirait seulement à renouveler et à perpétuer le grave dysfonctionnement de la représentation des musulmans.

Dans ce même contexte,  quel regard portez- vous sur tout ce qui se passe entre l’imam Hassan Chalghoumi et le président de la fondation de l’islam de France Ghaleb Ben cheikh?

C’est très intéressant. En caricaturant à peine, je dirais que, pour moi, Ghaleb Ben Cheikh, étroitement soumis aux autorités algériennes, elles-mêmes très dociles vis-à-vis des attentes du gouvernement français,  a longtemps joué dans la même catégorie que Chalghoumi. Il faisait partie de ceux que je nomme les  “Chalghoumi savants”. Mais comme tant d’autres “représentants” autoproclamés des musulmans de France,  Ghaleb Ben Cheikh a été sur plusieurs chaînes d’info  la cible des pires insinuations injurieuses.

Dans ce contexte, il en est venu à se distancier du discours de l’État à l’égard des musulmans de France. Et il a notamment traduit son exaspération en stigmatisant cette façon totalement artificielle des médias français de fabriquer les fausses élites dont Hassan Chalghoumi  est le parfait exemple. Et il a donc prononcé à l’égard de cet imam symbolique Hassan une phrase  dont j’ai pour ma part prononcé  l’équivalent au moins 20 fois depuis dix ans . Il est révélateur que, en traduisant un sentiment populaire largement répandu, au lieu des directives des États français ou algérien, Ghaleb Bencheikh soit  ainsi devenu soudainement  sympathique à la foule de ceux  qui ne se sentaient pas jusqu’alors véritablement représenté par lui.

 

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