
L’Assurance Maladie de Loir-et-Cher : 1,8 million d’euros de fraudes détectées et stoppées en 2025, la CPAM durcit le ton.
- Nawel Thabet
- 3 mai 2026
- Centre Val de Loire, Santé, Société
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La Caisse primaire de l’assurance maladie CPAM de Loir-et-Cher a présenté, mercredi 29 avril 2026, les résultats de sa lutte contre les fraudes. Un bilan marqué par une hausse des montants détectés et une professionnalisation croissante des réseaux frauduleux.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
Lors d’un point presse organisé à Blois, Sébastien Martine, directeur de la CPAM de Loir-et-Cher, accompagné de Lionel Guieu, responsable du service juridique et lutte contre la fraude, et de Donalie Valy, responsable adjointe, a dressé un constat sans détour.
« Dans le Loir-et-Cher, les résultats sont en progression. Nous avons détecté plus de fraudes, sur des montants plus importants, et surtout évité que certaines sommes soient versées au titre de l’Assurance Maladie. Aujourd’hui, nous sommes à près de 1,8 million d’euros de fraudes », a détaillé le directeur.
En 2025, le montant exact des fraudes détectées et stoppées s’élève à 1 778 786 euros, dont 751 649 euros de préjudice évité, soit une hausse de 19,6 %.
Des assurés nombreux, mais les plus gros montants viennent des professionnels
Si les assurés représentent 50 % des dossiers traités, ils ne concentrent que 18,5 % du préjudice financier.
À l’inverse, les fraudes les plus coûteuses concernent les professionnels de santé.
« En nombre de fraudes, ce sont les citoyens assurés. Mais en montants, nous sommes sur des dossiers de professionnels avec des sommes très importantes. Parmi les plus gros montants fraudés, on retrouve les centres de santé et les audioprothésistes », explique Sébastien Martine.
Les centres de santé représentent à eux seuls 35,4 % des montants détectés, suivis par les établissements et les professionnels libéraux.

Centres fictifs, actes inventés et usurpations d’identité
L’Assurance Maladie fait face à des schémas de plus en plus sophistiqués.
En 2025, 23 centres de santé ont été déconventionnés.
« Certains sont totalement fictifs, d’autres existent réellement mais produisent des actes fictifs », précise le directeur de la CPAM.
Ces pratiques s’appuient parfois sur des usurpations d’identité.
Des assurés découvrent ainsi des prestations facturées à leur nom sans jamais en avoir bénéficié.
« Sans même avoir profité d’une prestation, on peut être victime et permettre à ces centres d’engranger des sommes importantes. Et cela dépasse largement les frontières départementales. »
Faux arrêts de travail : une priorité absolue
Les arrêts de travail restent l’un des principaux terrains d’action. Sur ce seul champ, la CPAM a détecté et stoppé 150 869 euros de préjudice en 2025. Les sanctions ont été renforcées, avec 42 pénalités financières prononcées pour un montant total de 97 566 euros.
« Aujourd’hui, on peut qualifier ces fraudes de banditisme. Il faut être réactif, rapide, et investir dans des outils capables de détecter et stopper ces pratiques. », a martelé Stéphane Martine.
La caisse mise sur deux outils majeurs : le téléservice e-AAT, jugé le plus efficace pour sécuriser l’envoi des arrêts, et le Cerfa sécurisé, désormais obligatoire pour les formulaires papier. La CPAM rappelle aussi que des vendeurs de faux arrêts sur les réseaux sociaux ont été condamnés, preuve selon elle que la répression judiciaire suit désormais plus rapidement ces pratiques.
Faux arrêts et entreprises “coquilles vides”
Autre axe de fraude en hausse : les entreprises coquilles vides, des structures fictives créées pour détourner des indemnités journalières. La CPAM explique avoir renforcé ses échanges avec Net-entreprises, France Travail et les assurés eux-mêmes, grâce à un système d’information par mail en cas de versement suspect.
Selon Sébastien Martine, les nouvelles fraudes sont de plus en plus organisées et sophistiquées. Il dit vouloir faire de la réactivité et des outils de détection les priorités pour couper les filières avant paiement.
Une fraude plus organisée, des outils renforcés
Face à ces réseaux structurés, la CPAM muscle ses moyens.
Le service juridique et lutte contre la fraude compte six agents spécialisés dans le Loir-et-Cher, épaulés par un pôle interrégional d’enquêteurs judiciaires (PIEJ).
« Nous professionnalisons nos équipes et adaptons en permanence nos méthodes de détection, de sanction et d’investigation », souligne Lionel Guieu, responsable du service juridique et lutte contre la fraude. Ces pôles interviennent sur des dossiers emblématiques, notamment dans les fraudes liées au transport sanitaire.
Transport, ordonnances, audioprothèses : de nouveaux fronts
Depuis 2025 et début 2026, plusieurs dossiers liés aux bons de transport frauduleux sont devant la justice.La CPAM s’appuie désormais sur ses partenaires de terrain.
« Les pharmaciens nous aident aujourd’hui à détecter les fausses ordonnances, mais aussi les particuliers qui nous disent : “Je n’ai pas bénéficié de cette prestation.” »
La CPAM mise aussi sur la sécurisation du circuit du médicament : ordonnance numérique, ordonnance sécurisée, signalement des fausses prescriptions via Asafo-Pharma et détection des consommations atypiques grâce à ADAC.
Les audioprothèses restent aussi un dossier sensible, même si les résultats 2025 montrent une baisse de 56% des fraudes dans ce secteur, avec 197 900 euros détectés et stoppés. La facturation avec présentation de la carte Vitale est désormais obligatoire, ce qui a fait grimper le taux de facturation sécurisée à plus de 95% en mars 2025.
Prévenir avant de payer
La stratégie de l’Assurance Maladie repose désormais sur la prévention.
Ordonnance numérique, formulaires Cerfa sécurisés, contrôle en temps réel des prescriptions sensibles, outils de détection des consommations atypiques : la logique est claire.
Éviter que les sommes ne soient versées avant même que la fraude ne se concrétise.
« Nous cherchons à démultiplier nos actions et à pouvoir mesurer nos résultats. Je suis content de ces résultats. C’est le fruit du travail de nos équipes et de nos partenaires. Nous progressons pour stopper ces fraudes, et c’est une grande satisfaction. », se réjouit le chef de la CPAM.
Un enjeu de préservation du système de santé
Au-delà des chiffres, la CPAM de Loir-et-Cher insiste sur un enjeu central : la pérennité du modèle solidaire en présentant cette lutte comme une condition de la préservation du système de santé. Sébastien Martine parle d’un combat de fond pour éviter que l’argent de l’Assurance Maladie ne soit détourné au détriment des assurés et des professionnels de bonne foi.
« Les fraudes sont en forte augmentation. L’idée est de poursuivre l’effort. Nous voulons préserver le système de santé pour garantir sa pérennité. »
Un objectif qui passera aussi par de futures évolutions législatives, avec un projet de loi visant à renforcer les sanctions, faciliter les contrôles avant paiement et améliorer les échanges entre organismes. Car derrière chaque fraude évitée, c’est bien la protection des assurés et des finances publiques qui est en jeu.
La caisse assure vouloir poursuivre ses efforts en 2026, avec des méthodes de contrôle plus ciblées et des partenariats renforcés. L’objectif affiché est clair : protéger durablement le système de santé et faire reculer une fraude désormais jugée « professionnalisée ».
