À Blois, la coordination féministe mobilisée pour le droit à l’avortement et alerte sur les violences faites aux femmes

Ce lundi 28 septembre, à Blois, la coordination féministe s’est réunie devant les grilles de la préfecture, derrière une banderole « L’avortement est un droit fondamental , partout , tout le temps » , à l’occasion de la Journée mondiale du droit à l’avortement. Avant d’aborder l’accès à l’IVG, les militantes ont souhaité revenir sur la mort de la fillette de 5 ans, décédée à Blois dans un contexte de violences familiales, et dénoncer ce qu’elles qualifient de violences « vicariantes ».

Par Nawel Thabet / Medianawplus 

Avant de prendre la parole sur le droit à l’avortement, la coordination féministe a souhaité rendre hommage à la fillette de 5 ans décédée à Blois.
Marie-Anne Clément, membre du collectif Droits des femmes 41, a établi un lien entre ce drame et la question des violences faites aux femmes.
« L’empoisonnement médicamenteux ne laisse pas de doute sur la préméditation », a-t-elle déclaré.
La militante s’est appuyée sur des chiffres attribués au Collectif Enfantiste, selon lesquels, en 2024, 15 % des infanticides seraient liés à des violences conjugales.
Elle évoque alors la notion de violences vicariantes, lorsqu’un enfant est utilisé comme moyen de faire souffrir ou de punir la mère.
« Dans ces cas, tuer l’enfant ou les enfants sert à atteindre la mère, à la punir d’être partie, à la détruire psychologiquement », explique Marie-Anne Clément.
Selon elle, ce type de violence doit être considéré comme faisant partie d’un continuum de violences conjugales et du contrôle coercitif exercé par certains auteurs de violences.
« Protéger les enfants et les mères dès le dépôt de plainte »
La membre du collectif Droits des femmes 41 estime qu’une meilleure protection doit être mise en place dès lors qu’une plainte pour violences est déposée.
Elle relaie la position du Collectif Enfantiste et de plusieurs associations féministes qui demandent que les mères et les enfants puissent être davantage protégés dans ces situations.
Marie-Anne Clément cite également l’Espagne, où un projet de loi vise, selon elle, à mieux reconnaître les violences vicariantes dans le droit.
Elle appelle à intégrer cette question dans les évolutions législatives françaises actuellement discutées.
La coordination féministe a également adressé ses « sincères condoléances » à la famille de la fillette.
Le 28 septembre, une mobilisation pour défendre le droit à l’IVG
Après cet hommage, les militantes ont rappelé que le 28 septembre est consacré à la mobilisation pour le droit à l’avortement.
En France, la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse est inscrite dans la Constitution depuis la révision constitutionnelle du 8 mars 2024. L’article 34 prévoit désormais que « la loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».
Le ministère chargé de l’Égalité et le ministère de la Santé ont, à l’occasion de cette journée du 28 septembre 2026, réaffirmé leur engagement en faveur de l’accès effectif à l’IVG sur l’ensemble du territoire.
Pour la coordination féministe, l’inscription constitutionnelle du droit ne suffit toutefois pas à garantir, selon elle, un accès égal partout.
« La loi pourrait se transformer en coquille vide »
Audile Mothet, de la FSU 41, a notamment évoqué la visite du pape Léon XIV en France et ses prises de position sur la défense de la vie.
Elle cite son discours prononcé devant le Parlement espagnol le 8 juin 2026, dans lequel le pape a déclaré que « toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel ».
Pour Audile Mothet, ces prises de position interviennent dans un contexte international où les débats sur l’accès à l’avortement restent particulièrement sensibles.
« Ces paroles, alors que les extrêmes droites progressent partout dans le monde, servent de base d’appui à refuser l’avortement dans des pays où il n’est pas autorisé, à le remettre en cause, dans les pays où il est légal », estime-t-elle.
Les militantes alertent sur l’accès aux soins
Anabelle Ramos, la coordination féministe, a également évoqué la portée de la protection constitutionnelle du droit à l’IVG.
« La Constitution, malgré ce qu’on croit, ne nous protégera pas puisque l’article 34 stipule : “La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse.” La loi resterait mais les conditions pourraient varier encore plus à la baisse », affirme-t-elle.
La militante  évoque également le contexte politique et les débats autour de la politique familiale et démographique.
Santé, maternités et Planning familial au cœur des revendications
Pour Myriam Thevenot, de la CGT Santé, la question de l’accès à l’IVG est également liée aux moyens accordés au système de santé et aux structures d’accompagnement.
« Dans un contexte de restriction des budgets des services publics de santé, les fermetures des hôpitaux et maternités de proximité, la loi pourrait se transformer en coquille vide », affirme-t-elle.
Elle cite plusieurs exemples de débats locaux concernant les financements du Planning familial et les structures de santé.
Ces exemples sont avancés par la militante comme autant de signaux d’alerte sur l’accès effectif aux droits.
« Pour défendre le droit fondamental à l’avortement »
Au nom du collectif Nous Toutes, Marie a ensuite présenté plusieurs revendications portées à l’occasion du 28 septembre. La mobilisation entend notamment demander : la réouverture des centres d’interruption volontaire de grossesse fermés ;l’arrêt des fermetures de maternités et d’hôpitaux de proximité ; une prise en charge à 100 % de l’IVG pour toutes les femmes ;la suppression du délai de carence en cas d’arrêt de travail lié à une IVG ou à une fausse couche spontanée précoce ; la possibilité pour les femmes de choisir entre la méthode médicamenteuse et la méthode instrumentale ; le développement de la pratique de l’IVG instrumentale par les médecins et les sages-femmes dans les centres de santé sexuelle ; davantage de moyens et de formation pour l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité ; la suppression de la double clause de conscience ; le maintien, le rétablissement et le renforcement des subventions aux associations.
L’IVG est actuellement prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie pour les femmes assurées sociales, sans avance de frais.
La mobilisation s’inscrit également dans un contexte de débats politiques sur l’accès aux droits sexuels et reproductifs, tandis que les organisations féministes locales demandent que les droits inscrits dans la loi puissent être effectivement accessibles à toutes les femmes, quel que soit leur lieu de résidence.