Assises de l’eau en Loir-et-Cher : vers une hausse des factures en 2026 sur Agglopolys

Aux assises départementales de l’eau, organisées vendredi 19 décembre à Vineuil, élus, services de l’État, agriculteurs et acteurs de la ressource ont débattu de la quantité, de la qualité de l’eau et des investissements à venir. Sur le territoire d’Agglopolys, une conclusion s’impose déjà : la facture d’eau devrait augmenter dès 2026 pour financer les travaux nécessaires. Les assises ont montré que l’eau devient un sujet explosif : il faut investir massivement… et la facture des usagers va grimper.

Par Nawel Thabet / Medianawplus

Réunis au centre de formation des sapeurs‑pompiers de Vineuil,ce vendredi, les acteurs de l’eau ont dressé un constat sans détour : la ressource est menacée à la fois en quantité, avec le réchauffement climatique, et en qualité, notamment autour de captages pollués par les pesticides et les nitrates. Six captages sont d’ailleurs classés prioritaires dans le département.
Le préfet Joseph Zimet a parlé d’un « défi majeur du siècle », appelant à une réorganisation du partage de l’eau entre usages, à l’heure où les tensions se multiplient entre besoins agricoles, consommation des particuliers et protection des milieux naturels.

Agriculture et eau : une équation complexe

Pour Camille Lecomte, agriculteur et représentant de la chambre d’agriculture (JA), concilier production agricole et enjeux autour de l’eau reste un travail de longue haleine. Les agriculteurs expriment le besoin de disposer de réserves sur leurs fermes, à l’image de ce que peuvent faire des particuliers, tout en restant dans le cadre des règles en discussion avec les services de l’État.
« Les changements de pratiques, ça ne se décrète pas », rappelle‑t‑il en substance, soulignant que la DDT reste dans le dialogue, mais que les attentes sont fortes sur les solutions concrètes qui permettront d’assurer à la fois la sécurité alimentaire et la préservation de la ressource.

Agglopolys : des investissements lourds, une facture appelée à augmenter

Côté collectivités, le vice‑président d’Agglopolys, Jérome Boujot, a prévenu : les investissements à venir dans l’eau et l’assainissement sont considérables. Usines de traitement, limitation des fuites, mise à niveau des réseaux… « l’eau paye l’eau », mais les montants sont tels que la seule facture actuelle ne suffit plus.
Il évoque « un mur d’investissements » et reconnaît que « la seule chose qui s’offre à nous, c’est augmenter la facture de l’eau : ce sont les abonnés qui payent ». Agglopolys se trouve ainsi « dans un étranglement » entre nécessité d’investir massivement et obligation d’augmenter les prix, une décision qui reviendra à la future présidente ou au futur président de l’agglomération.

Une qualité de l’eau globalement bonne mais coûteuse à maintenir

La directrice de l’Agence régionale de santé (ARS) en Loir-et-Cher, Caroline Janvier, a pour sa part insisté sur un point positif : la qualité de l’eau du robinet dans la région, et notamment en Loir‑et‑Cher, est supérieure à la moyenne nationale. L’ARS suit de près les analyses et confirme que l’eau distribuée est conforme aux exigences sanitaires, répondant à la demande des consommateurs qui veulent une eau saine et de qualité.
Mais cette qualité a un coût : plus les contraintes de traitement augmentent, plus les besoins d’investissement se renforcent, ce qui se répercute, à terme, sur les budgets des collectivités et sur les factures des usagers.

Les petites communes en première ligne et le rôle de l’Agence de l’eau

Pour Catherine Lhéritier, vice‑présidente du conseil départemental de Loir‑et‑Cher, les petites communes rurales risquent d’être particulièrement fragilisées. Elle plaide pour un accompagnement renforcé des collectivités, rappelant qu’une usine de traitement de l’eau peut coûter jusqu’à 5 millions d’euros, bien au‑delà de ce qu’une hausse de facture locale peut compenser seule.
L’Agence de l’eau Loire‑Bretagne, via son 12e programme d’intervention 2025‑2030, prévoit 2,4 milliards d’euros sur six ans pour lutter contre les pollutions (domestiques, agricoles, économiques), protéger la ressource, restaurer les milieux aquatiques, économiser et partager l’eau, et renforcer la connaissance et la gouvernance.
Autant d’aides indispensables, mais qui ne dispensent pas les territoires de faire des choix difficiles sur l’avenir – et le prix – de l’eau.

Journaliste (Carte de Presse 143032)bilingue arabophone/francophone avec plus de 25 ans d’expérience, certifiée EMI Éducation aux médias et à l’information par la CPNEF de l'audiovisuel.Diplômée d’une licence professionnelle option Journalisme à l’EPJT.