Blois : des collégiens enquêtent sur une famille déportée et questionnent la haine de l’étranger

« Utilisons la mémoire comme un rempart contre la haine », conclut une élève de 3e6 du collège des Provinces. Ce vendredi 21 novembre, les collégiens ont présenté leur projet de Stolpersteine en hommage à la famille juive Strassburger, devant Mathias Ott, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT+, et Joseph Zimet, préfet de Loir-et-Cher.

Par Nawel THABET / Medianawplus

À Blois, au collège Les Provinces, élèves, enseignants et représentants de l’État ont présenté ce vendredi, un projet de pavés de mémoire « Stolpersteine » en l’honneur de la famille Strassburger, marquant une étape forte dans la lutte contre l’antisémitisme et le racisme.
Devant les officiels, les élèves de 3e6 et leurs professeurs ont retracé l’histoire bouleversante de la famille Strassburger. Un moment fort, à la croisée de l’histoire, de la transmission et de l’engagement citoyen.

Mathias-Ott, delegué interministeriel de la DILCRAH et Joseph Zimet préfet de Loir-et-Cher reçus par l’équipe éducative du collège Les Provinces à Blois , ce vendredi 21 novembre 2025. Crédit photo Nawel THABET / Medianawplus 

Un projet mémoriel né d’un travail d’enquête historique

Depuis plusieurs mois, les élèves et leurs quatre enseignants retracent le destin tragique de la famille Strassburger, artistes allemands et propriétaires du plus grand cirque de Berlin, ayant fui la haine nazie pour trouver refuge à Blois en 1936, grâce à la famille circassienne Amar d’origine algérienne.
Internés en 1939 puis déportés, Karoline, Hugo et leur fille Henriette ne reviendront jamais des camps. Seuls les deux plus jeunes enfants, Adolf et Isabella, survivront.
La professeure de lettres rappelle que l’idée du projet est née lors des Rendez-vous de l’histoire 2023, après une conférence sur les Stolpersteine :
« C’était une source d’inspiration. On a voulu inscrire nos élèves dans cette démarche mémorielle.»

Les élèves, acteurs d’un devoir d’histoire

Quatorze élèves ont pris la parole pour raconter leur enquête, leurs découvertes et leurs émotions.
« Cette histoire nous touche, hier comme aujourd’hui. Pourquoi y a-t-il si peu de pavés de mémoire en France ? », interroge l’un d’eux.
Le préfet répond :« Chaque pays a sa propre approche. On ne doit pas rendre ces mémoriaux envahissants. Mais quand on voit une plaque dans une école à Paris, le cœur s’accélère… »
Il encourage les élèves à poursuivre leurs recherches :« Continuez le travail sur les traces de la famille Amar. Leur solidarité doit être connue. La France a protégé beaucoup de Juifs ; comprendre ces mécanismes, c’est apprendre à lutter contre la haine. »
« la solidarité des Justes est un modèle pour comprendre comment la France a su protéger des Juifs sous le régime de Vichy ».

« Un travail d’historien et d’investigation »

Impressionné, Mathias Ott félicite les élèves : « J’ai été épaté par votre travail et votre manière de vous exprimer devant nous. Ne laissez jamais personne douter de vos qualités. Vous faites un vrai travail d’historien et d’investigation. »
Mathias Ott a insisté : « Le racisme est un délit. Vous avez tous la capacité de devenir des remparts contre la haine, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT+ ». Il a encouragé la classe à prolonger ce travail historique et solidaire.
Il souligne l’importance de comprendre les mécanismes de la haine : « Le racisme et l’antisémitisme ont évolué. Votre rôle, c’est d’être des remparts. »
Il invite enfin la classe à participer au concours national “Faire reculer les préjugés racistes et antisémites”, dédié en 2026 à la mémoire d’Ilan Halimi.

Des témoignages d’élèves ancrés dans le présent

Lors de l’échange, plusieurs élèves partagent leurs ressentis.
« Ce projet me met sur le chemin de quelqu’un qui aide les autres », confie l’un d’eux.
Une autre élève s’indigne : « Hier encore, j’ai vu une personne qui pourrait être mon père bousculer une fille parce qu’elle était voilée. »
Un élève évoque aussi le quotidien : « Dans la cour, il y a des blagues racistes, et on rigole pour éviter des situations d’acharnement. »
Mathias Ott rappelle fermement : « Le racisme est un délit. Les lois sont là pour protéger. »

Pose des Stolpersteine prévue en 2026

Ce projet, né lors des Rendez-vous de l’histoire 2023, aboutira à la pose de pavés de mémoire au square des Métairies à l’été 2026 : un hommage aux victimes, mais aussi un appel vibrant à la vigilance collective face à la résurgence des haines.

Journaliste (Carte de Presse 143032)bilingue arabophone/francophone avec plus de 25 ans d’expérience, certifiée EMI Éducation aux médias et à l’information par la CPNEF de l'audiovisuel.Diplômée d’une licence professionnelle option Journalisme à l’EPJT.