Blois : « Nous sommes indispensables, mais nous vivons dans la précarité » : les aides à domicile de l’ADMR interpellent le Département

Une  vingtaine de manifestants se sont rassemblés ce mardi 16 juin devant la préfecture de Loir-et-Cher à l’appel de la CGT 41.

Par Nawel Thabet / Medianawplus

Parmi les manifestants venus se rassembler devant la précture avec une grande pancarte ” Pour nos droits , une paix juste et durable , justice sociale et environnementale”, plusieurs salariées de l’ADMR ont tenu à faire entendre leur voix pour dénoncer des conditions de travail qu’elles jugent de plus en plus difficiles, des salaires insuffisants et des frais de déplacement qui pèsent lourdement sur leur budget.

« Nous sommes ici pour dénoncer nos conditions de travail. Les aides à domicile sont indispensables pour permettre aux personnes âgées ou dépendantes de rester chez elles. Pourtant, nous vivons dans la misère », déplore Anna Fernandes, déléguée syndicale et secrétaire générale CGT ADMR.
Selon elle, de nombreuses salariées peinent à vivre dignement de leur métier malgré un travail essentiel au maintien à domicile des personnes fragiles.
« Les aides à domicile n’arrivent même plus à remplir leur frigo. Avec un salaire au SMIC et souvent des contrats à temps partiel, nous sommes dans une situation de grande précarité. Une grande partie de notre salaire passe dans le carburant », explique-t-elle.
« Nos voitures sont devenues nos bureaux »
Sous une chaleur écrasante, la syndicaliste a également dénoncé les conditions dans lesquelles les salariées effectuent leurs tournées quotidiennes.
« Nous travaillons avec nos véhicules personnels qui deviennent de véritables fournaises lors des épisodes de canicule. Pourtant, on nous répond que nous n’avons pas le choix et qu’il faut continuer à travailler. »
Pour ces professionnelles, la voiture est devenue un outil de travail indispensable, sans que les frais engagés soient réellement compensés.
Pancarte à la main, Anna Fernandes affichait l’une des revendications phares du mouvement : « Aujourd’hui 43 centimes du kilomètre, demain 1 euro ».
Les aides à domicile estiment que les indemnités kilométriques actuelles ne couvrent plus le coût réel des déplacements, dans un contexte de hausse continue des carburants.
Une demande de rendez-vous restée sans réponse
La CGT ADMR affirme avoir sollicité le Conseil départemental afin d’obtenir un rendez-vous pour exposer ses revendications.
« Nous avons demandé à être reçus mais nous n’avons obtenu aucune réponse à ce jour », regrette Anna Fernandes.
Profitant de la pause méridienne, les manifestants sont allés à la rencontre de plusieurs agents et responsables du Département afin d’interpeller les services concernés.
Selon la syndicaliste, les interlocuteurs rencontrés ont assuré comprendre les difficultés des aides à domicile et ont invité l’organisation syndicale à reformuler officiellement sa demande de rendez-vous.

Anna Fernandes, déléguée syndicale CGT ADMR, est allée à la rencontre du personnel du Conseil départemental pour réclamer un rendez-vous et faire entendre les revendications des aides à domicile, ce mardi 16 juin 2026. Crédit photo Nawel Thabet / Medianawplus

« Ni bonnes, ni bénévoles »
Parmi les manifestantes figurait également Delphine, aide à domicile depuis vingt ans. Elle est venue témoigner de ce qu’elle considère comme un manque de reconnaissance de son métier.
« Pendant vingt ans, j’ai été classée en catégorie 1, au même niveau que les femmes de ménage. Ce n’est que récemment que j’ai obtenu une revalorisation en catégorie 2 », explique-t-elle.
Sur sa pancarte, un message simple mais révélateur du malaise ressenti par de nombreuses professionnelles :
« Aides à domicile : ni bonnes, ni bénévoles. »
Un slogan qui traduit la volonté d’obtenir une meilleure reconnaissance de compétences souvent invisibles mais essentielles à la cohésion sociale.
Didier Calvo : « L’urgence, c’est d’augmenter les salaires, pas le temps de travail »
Aux côtés des salariées de l’ADMR, Didier Calvo, secrétaire général de l’Union départementale CGT de Loir-et-Cher, a pris la parole pour replacer cette mobilisation dans un contexte social plus large.
Le responsable syndical est revenu sur le projet de loi examiné au Sénat visant à élargir les possibilités de travail le 1er Mai, seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré inscrit dans le Code du travail.

Didier Calvo, secrétaire général de la CGT 41, a dénoncé devant la préfecture de Blois la stagnation des salaires, la hausse du coût de la vie et les attaques contre les acquis sociaux, notamment le caractère chômé du 1er Mai, lors de la mobilisation de ce mardi 16 juin 2026. Crédit photo Nawel Thabet / Medianawplus

« En avril dernier, face à la mobilisation unanime des syndicats, le gouvernement a dû reculer une première fois. Aujourd’hui, le patronat revient à la charge. Nous devons défendre le 1er Mai, symbole historique des luttes ouvrières », a-t-il déclaré.
Pour la CGT, cette réforme ne vise pas à améliorer le pouvoir d’achat des salariés mais à satisfaire les demandes du patronat et des grandes enseignes.
« Les salariés veulent vivre dignement de leur travail »
Didier Calvo a également dénoncé les écarts grandissants entre les profits réalisés par certaines grandes entreprises et les difficultés rencontrées par les travailleurs.
« Pendant que certaines entreprises affichent plusieurs milliards d’euros de bénéfices, des milliers de salariés peinent à remplir leur réfrigérateur ou à faire le plein de carburant pour aller travailler », a-t-il souligné.
Le syndicaliste estime que l’augmentation automatique du SMIC liée à l’inflation ne constitue pas une véritable revalorisation salariale.
La CGT réclame notamment :
l’augmentation du SMIC à 2 200 euros brut ; une hausse générale des salaires et des pensions ; l’indexation des salaires sur l’inflation ; le dégel du point d’indice dans la fonction publique ; le blocage du prix des carburants.
Il a également apporté son soutien aux aides à domicile de l’ADMR, « ces salariées accomplissent un travail indispensable auprès des personnes âgées, des personnes fragiles ou en perte d’autonomie. Pourtant, elles restent parmi les plus mal rémunérées et les plus précaires. Ce n’est pas acceptable. »
Une mobilisation appelée à se poursuivre
Malgré une participation modeste, les représentants syndicaux assurent vouloir poursuivre leur mobilisation.
Ils espèrent désormais obtenir rapidement un rendez-vous avec les services du Conseil départemental afin de faire entendre les revendications des aides à domicile et ouvrir des discussions sur leurs conditions de travail.
« La colère sociale est là. Les salariés demandent simplement de pouvoir vivre dignement de leur travail », a conclu Didier Calvo.
Derrière cette mobilisation locale, c’est la question de la reconnaissance des métiers du lien social et de l’aide à la personne qui est une nouvelle fois posée.