Enfants surexposés aux écrans : un alarmant danger sanitaire au cœur d’un séminaire à l’hôpital de Blois

Réunis ce vendredi 14 novembre à l’hôpital de Blois pour un séminaire piloté par l’ARS Loir-et-Cher, des experts ont alerté sur la surexposition des enfants et adolescents aux écrans et aux réseaux sociaux. Un phénomène en forte hausse, aux effets préoccupants sur la santé, la réussite scolaire et la sécurité des mineurs.

Par Nawel Thabet / Medianawplus

À l’hôpital de Blois, l’ARS et ses partenaires – Arcom, services de l’État, INSERM – ont lancé, ce vendredi, un séminaire consacré aux impacts de la surexposition aux écrans sur la santé des enfants intitulé : “Enfants surexposés aux écrans : quels impacts pour leur santé d’aujourd’hui et de demain “

Un enjeu collectif : familles, écoles, services publics et forces de l’ordre mobilisés

Pour Caroline Janvier, directrice départementale de l’ARS du Loir-et-Cher, la lutte contre la surexposition est un enjeu collectif, mêlant acteurs publics, collectivités, associations, mais aussi police et gendarmerie, particulièrement concernant l’accès des mineurs à la pornographie et le cyberharcèlement.
Le constat dressé par la directrice départementale de l’ARS est sans appel. « La surexposition aux écrans provoque chez les enfants déconcentration, troubles du langage, difficultés d’interaction sociale, anxiété, isolement… »

INSERM : “Un problème massif de santé publique”

La dimension sanitaire est corroborée par Michel Desmurget, chercheur à l’INSERM :la situation est “hors contrôle”. Les chiffres qu’il dévoile font froid dans le dos.
« C’est une véritable urgence de santé publique. Les temps d’écran explosent : plus de 7 heures par jour chez les ados, 5 heures chez les collégiens, et même 3 heures par jour chez certains enfants de 36 mois, 80 % des 11 ans sont sur les réseaux sociaux, 10 % des mineurs sont déjà addicts ! Le ratio bénéfice/risque me paraît massivement négatif. », alerte le chercheur.
Selon lui, l’addiction et l’impact sur le sommeil, l’obésité, l’activité physique ou la santé mentale posent une question majeure : « Qui paie cette ardoise ? Nous, collectivement. Il faut passer à l’action. » Il précise que :« Le cerveau des enfants n’est pas fini. Il n’est pas prêt pour ces environnements. »

Il dénonce également le coût colossal pour la société :
obésité, sédentarité, troubles du sommeil, échec scolaire, santé mentale…
des “externalités négatives” payées par les contribuables alors que les plateformes engrangent des milliards d’euros.
Son message est clair : « Il faut arrêter les rapports. Il faut agir. »

De gauche à droite : Michel Desmurget (INSERM), Laurence Pécaut-Rivolier (Arcom), Naïma Ben Ahmed (directrice de cabinet du préfet de Loir-et-Cher) et Caroline Janvier (directrice départementale de l’ARS), lors du point de presse à la préfecture, vendredi 14 novembre. Crédit photo Nawel THABET / Medianawplus

Arcom : “Les mineurs sont en urgence absolue”

Face à une salle bondée de professionnels de l’enfance, de représentants institutionnels – ARS, Arcom, INSERM, services de l’Etat – et d’acteurs associatifs, Laurence Pécaut-Rivolier, représentante de l’Arcom, souligne la difficulté croissante de la régulation. Les chiffres sont vertigineux :
99 % des 11-17 ans utilisent les plateformes en ligne
L’âge d’entrée chute : aujourd’hui 11 ans en moyenne contre 13 ans il y a quelques années
Les risques sont “réels, massifs”, selon l’étude publiée récemment
Six types de risques ont été identifiés :
hyperconnexion, contenus choquants, défis dangereux, cyberharcèlement, adultes mal intentionnés, arnaques.
La plupart des adolescents contournent les règles :
62 % n’indiquent pas leur vraie date de naissance
2/3 mentent sur leur âge
Seulement 18 % ont déjà dû prouver leur âge ou ont vu leur compte bloqué
Beaucoup de mineurs admettent manquer d’outils pour se protéger. Et même lorsqu’ils signalent un contenu, « rien ne se passe ».
Fait marquant :
« Même les jeunes les plus addicts disent : faites quelque chose. On essaiera de contourner, mais faites quelque chose. »
Pour l’Arcom, c’est la preuve qu’il faut des mécanismes à la fois incitatifs et coercitifs, au niveau européen comme national.

Témoignages à l’appui, l’ampleur du phénomène se confirme :

« J’aimerais bien arrêter mais c’est addictif, une fois que t’y as goûté, difficile de décrocher… » (Fille, 14 ans, 3e)

« Sur Snapchat, j’ai vu des stories de personnes qui tapaient d’autres, c’était choquant. » (Fille, 13 ans, 4e)

« Des adultes de 40 ans s’abonnent à mon compte Instagram, m’envoient des messages dérangeants, c’est dégoûtant. » (Fille, 16 ans, 1ère)

Selon les intervenants, si une prise de conscience progresse chez les familles, un vide d’outils techniques et juridiques demeure, laissant nombre d’enfants et de parents impuissants face aux dangers. L’Arcom plaide pour une mobilisation conjointe des plateformes, des pouvoirs publics et de l’Europe afin de renforcer la protection et l’éducation des jeunes face au numérique. La représentante de l’Arcom se réjouit de la fermeture d’une plateforme pornographique qui refusait d’appliquer la loi concernant la protection des mineurs. Face à l’absence de vérification d’âge et à la surexposition des enfants, le site a été fermé en août dernier.

Journaliste (Carte de Presse 143032)bilingue arabophone/francophone avec plus de 25 ans d’expérience, certifiée EMI Éducation aux médias et à l’information par la CPNEF de l'audiovisuel.Diplômée d’une licence professionnelle option Journalisme à l’EPJT.