Loir-et-Cher : des agriculteurs déterminés maintiennent les blocages « jusqu’à obtenir gain de cause »
- Nawel THABET
- 18 décembre 2025
- Centre Val de Loire
- abattages massifs bovins, agriculteurs en colère, Annie Genevard., blocage A10, blocage Cap’Ciné, Blois, Confédération paysanne 41, Coordination rurale 41, Crise agricole, dermatose nodulaire contagieuse, DNC, Loir-et-Cher, MERCOSUR, pont François-Mitterrand, slider
Près d’une vingtaine d’agriculteurs de la Coordination rurale 41 et de la Confédération paysanne 41 ont passé la nuit du 17 au 18 décembre sur le rond-point de Cap’Ciné, à Blois, maintenant le blocage de l’A10. Entre nuits dans le froid, blocage du pont François-Mitterrand et slogans chocs, ils promettent de ne « rien lâcher » tant que le gouvernement n’aura pas revu sa copie sur la DNC, la PAC et les accords de libre‑échange.
Par Nawel THABET / Medianawplus
Nuit glaciale sur le rond-point de Cap’Ciné. Ils étaient près d’une vingtaine, regroupés au rond-point de Cap’Ciné, à Blois, à avoir passé la nuit de mercredi 17 à jeudi 18 décembre pour maintenir le blocage de l’autoroute A10. Entre braseros, tracteurs et fatigue, les agriculteurs de la Coordination rurale 41 et de la Confédération paysanne 41 ont tenu bon, malgré le froid et les incertitudes sur la suite du mouvement.
« On ne lâchera rien, ils nous traitent comme des chiens », lâche James Boucher, de la Coordination rurale Centre‑Val de Loire. « Aujourd’hui Paris est agacé par le blocage de l’A10. Mais s’ils veulent ouvrir l’autoroute, on aura le département et on va investir les trois ponts de Blois, on bloquera tout. »
Colère sourde et avenir jugé « pire que cette année »
Au-delà de la DNC, c’est tout un modèle économique que les manifestants jugent à bout de souffle. Bourgoin Sébastien, de la Coordination rurale du Loiret, raconte une réalité difficile : il gère une grande exploitation répartie sur cinq communes du Loiret, mais doit malgré tout travailler des heures supplémentaires chez un autre agriculteur pour tenter d’équilibrer ses comptes.
« J’ai vu mon comptable hier pour faire le point sur l’année prochaine, le prévisionnel est encore pire que cette année. Les prix n’y étant pas, le retour sur nos marges est pire que l’année dernière. Et l’année prochaine, nos revenus vont encore baisser », déplore-t‑il. Un témoignage qui illustre le sentiment d’étau économique qui pèse sur les exploitants.
Actions coup de poing et blocage du pont François-Mitterrand
Jeudi 18 décembre, la mobilisation a pris une nouvelle dimension. En plus du blocage de l’A10 au niveau de Cap’Ciné, les agriculteurs ont investi le pont François‑Mitterrand, paralysant la circulation aux heures de pointe.
« Stop à la décapitation de l’agriculture », « Le gouvernement nous traite comme des chiens, il est temps de mordre ! », « L’Europe et la France tuent nos paysans » : les banderoles et les slogans résument un profond ras‑le‑bol. Les actions coup de poing se multiplient en Loir‑et‑Cher, perturbant des axes stratégiques et rappelant, selon les manifestants, qu’« il n’y a pas de pays sans paysans ».
« Nos vies et nos bêtes ne seront pas sacrifiées sur l’autel du libre‑échange »
La Coordination rurale 41 et la Confédération paysanne 41 assurent représenter, à elles deux, une large partie du monde agricole et rappeler depuis des mois à l’État qu’il existe des alternatives au protocole actuel contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Elles s’appuient notamment sur des travaux de l’EFSA et des propositions validées par la fédération européenne des vétérinaires.
Les deux syndicats accusent les autorités de « faire la sourde oreille » et de recourir à la force pour tenter de les faire plier. « Les éleveurs, déjà fragilisés, ne peuvent plus accepter des mesures qui détruisent leurs troupeaux sans garantir une réelle amélioration sanitaire. Sans éleveurs, sans bovins, aucune structure ne peut continuer à fonctionner. Nos vies et nos bêtes ne seront pas sacrifiées sur l’autel du libre‑échange », martèlent‑ils.
Ce que réclament CR 41 et CP 41 à la ministre
Au cœur de leurs revendications, une demande claire adressée à la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard :
l’arrêt des abattages totaux en cas de DNC ; la mise en place d’une stratégie sanitaire fondée sur une surveillance renforcée ; un abattage ciblé des seuls animaux réellement positifs ; l’élargissement de la vaccination.
James Boucher de la coordination rurale affirme maintenir le dialogue avec le préfet de Loir‑et‑Cher, Joseph Zimet, mais regrette que « la décision soit nationale et non locale ». En attendant un changement de cap, les agriculteurs assurent qu’ils poursuivront leurs actions « jusqu’à obtenir gain de cause ».

