Loir-et-Cher : malgré une stabilisation fragile, l’État renforce la lutte contre les violences faites aux femmes
- Nawel THABET
- 25 novembre 2025
- Centre Val de Loire
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À l’occasion de la Journée internationale du 25 novembre, la préfecture de Loir-et-Cher a présenté, ce mardi un état des lieux des violences faites aux femmes. Si les chiffres semblent atteindre un « plateau », les acteurs institutionnels — préfecture, justice, police, gendarmerie, associations — alertent sur une situation toujours critique et fragile, marquée par la persistance des violences intrafamiliales, des féminicides, et la nécessité de renforcer la prévention et la protection des victimes.
Par Nawel THABET / Medianawplus
Autour du préfet, l’ensemble des acteurs locaux étaient réunis, ce mardi 25 novembre : forces de l’ordre, justice, associations, services sociaux… tous mobilisés pour rappeler l’ampleur du phénomène des violences faites aux femmes, en Loir-et-Cher.
À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le préfet de Loir-et-Cher Joseph Zimet a dressé un point d’étape d’une politique publique désormais structurée autour du plan interministériel « Toutes et tous égaux » 2023-2027, réalisé à 62% à mi-parcours selon ses services. Il rappelle que cette lutte repose sur quatre axes majeurs : violences, santé, égalité économique et professionnelle, et culture de l’égalité.
Le préfet souligne la persistance d’indicateurs nationaux alarmants : 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2024, soit une hausse d’environ 11% par rapport à 2023, et seulement une victime sur six qui dépose plainte. Il précise que 85% des violences concernent des femmes et environ 15% des hommes, confirmant le caractère genré de ce phénomène.
Un « plateau » chiffré mais une situation toujours critique
En Loir-et-Cher, les services de l’État, la police, la gendarmerie, la justice et les acteurs associatifs se sont réunis à la préfecture pour présenter ce qu’ils qualifient de « plateau » des violences, avec une relative stabilisation des chiffres depuis 2023, sans baisse nette et durable. Le préfet annonce 54 millions d’euros de subventions à l’échelle nationale pour assurer, mieux traiter et sanctionner les violences, insistant sur l’importance de maintenir ces moyens dans la durée.
Forces de l’ordre : une baisse, mais un « plateau » toujours fragile
Le directeur départemental de la police nationale de Loir-et-Cher, Eric Lortet, constate une mobilisation plus forte du grand public, avec davantage d’appels au 17 et de signalements, ce qui contribue à ce « plateau » plutôt qu’à une véritable diminution.« Nous sommes sur un plateau depuis 2023, mais une baisse se confirme à Blois. En revanche, une hausse est observée dans le Vendômois. », précise Eric Lortet.

Côté gendarmerie, le Commandant du groupement de gendarmerie, Benoît Chevillard, fait état d’une baisse de l’ordre de 14% des faits enregistrés,moins de 30 % de victimes, soit 658 contre 956 l’an dernier, malheureusement avec deux féminicides en 2025 dans le Loir-et-Cher. mais avec encore près de deux interventions pour violences intrafamiliales par jour et deux féminicides sur l’année dans le département, ce qui rappelle la gravité de la situation.
« Chaque gendarme traite deux à trois interventions VIF par jour, de jour comme de nuit. »

« Vigilance, mobilisation et réactivité » : le parquet en première ligne
Le procureur de la République de Blois, Stéphane Javet rappelle lors de sa prise de parole « Nous avons banni le mot fatalité de notre vocabulaire. Il nous faut du temps mais nous avançons. »
Justice : innover pour protéger
Le pôle VIF au cœur de la réponse judiciaire. Le procureur de la République de Blois, Stéphane Javet, résume la ligne du parquet : vigilance, mobilisation et réactivité restent les maîtres mots, sans « satisfecit » possible tant que l’actualité contredit tout sentiment de victoire. Il rappelle qu’en 2025, 86 téléphones « grave danger » ont été attribués dès le dépôt de plainte, en lien avec France Victimes 41, et insiste sur la prise en compte des enfants exposés aux violences intrafamiliales.

“Le tribunal de Blois a créé un pôle VIF (violences intrafamiliales), qui traite les dossiers en lien avec les pôles mineur, familial et pénal, et se réunit trois fois par mois pour croiser les informations”, précise le président du tribunal et du Conseil de droit 41, Alexis Mihman En 2025, ce pôle a rendu 263 jugements, dont 35 peines d’emprisonnement ferme, de nombreuses interdictions de contact ou de paraître et des retraits de l’autorité ou de l’exercice de l’autorité parentale.
Vers des audiences spécialisées et des dispositifs innovants
À partir de janvier 2026, des audiences spécialisées VIF doivent être mises en place pour améliorer le suivi et la cohérence des décisions, avec l’idée d’y adosser des outils pédagogiques comme des vidéos de sensibilisation. Les magistrats évoquent aussi des solutions plus « créatives » : lorsqu’on sait qu’un couple reprendra contact, il peut être décidé de ne pas interdire le contact mais d’interdire de paraître au domicile de la victime, créant une « bulle de protection » adaptée.
Le président du tribunal, Alexis Mihman, rappelle que les violences intrafamiliales ne sont qu’un volet d’un continuum plus large : agressions verbales, harcèlement de rue, harcèlement dans les transports ou au travail, qui nécessitent un changement profond de mentalités. Pour lui, la prévention ne sera réellement efficace que lorsque le grand public prendra pleinement conscience de l’ampleur du phénomène.

La matinée s’est clôturée par la signature de deux conventions annoncées par Séverine Luj, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité. La première vise à faciliter les déplacements des femmes victimes de violences grâce au dispositif « Bons Taxi », en présence du président de l’Union nationale des taxis 41, Pierre Bouffart, et du directeur de l’hôpital de Blois, Francis Baune. La seconde renforce l’accompagnement vers l’emploi, portée par l’État et France Travail, avec la directrice territoriale de France Travail Loir-et-Cher, Cathie Kassongo-Kissaka, et la présidente du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF 41).
Quel rôle pour les hommes dans cette lutte ?
L’après-midi, une table ronde en préfecture était consacrée au thème : « Quel rôle pour les hommes dans la prévention et la lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes ? ». autour de la table, alors même que la quasi-totalité des auteurs de violences sont des hommes, ce qui a nourri la réflexion sur la nécessité de les impliquer davantage. Une table ronde sur le rôle déterminant des hommes dans la lutte contre le sexisme, avec présentation du baromètre 2024 du Haut Conseil à l’Égalité. Un chiffre-clé en ressort : 94 % des Français considèrent que les hommes ont un rôle majeur à jouer dans la prévention du sexisme.
Une mobilisation indispensable
la lutte contre les violences faites aux femmes doit encore changer d’échelle.
Le préfet et les acteurs réunis appellent à une vigilance durable, afin de dépasser enfin ce « plateau » et réduire durablement les violences sur le territoire.

