Orly : un jeune Français menacé d’expulsion vers l’Algérie à cause d’une erreur de 25 minutes sur son acte de naissance
Safouane, 22 ans, coach sportif et diplômé, est placé en zone d’attente à l’aéroport d’Orly depuis le 23 juillet. Ce Français, né en Algérie et scolarisé en France, risque d’être expulsé vers un pays qu’il n’a connu que brièvement, à cause d’une erreur administrative… corrigée depuis 2019.
Par Nawel THABET / Medianawplus
Une famille française vit l’impensable. Leur fils, Safouane, 22 ans, est actuellement retenu à l’aéroport d’Orly, en zone d’attente, dans l’attente d’une possible expulsion vers l’Algérie. Un non-sens administratif, selon ses proches, qui dénoncent une situation kafkaïenne. Le jeune homme, pourtant détenteur d’un passeport français et ayant suivi toute sa scolarité en France, se retrouve aujourd’hui menacé à cause d’une rectification horaire anodine sur son acte de naissance.
Une erreur corrigée depuis 2019
À l’origine de cette situation : une discordance horaire entre l’acte de naissance algérien et sa transcription en France. L’acte initial indiquait une naissance le 27 juillet à 19h50. En France, l’horaire avait été enregistré à 19h15… le même jour.Une anomalie commise par l’administration de Nantes, qui, selon la famille, a été officiellement corrigée en 2019 par le procureur de la République de Nantes, comme le montrent les documents transmis à notre rédaction. Le livret de famille a également été mis à jour par le service central d’état civil de Nantes.
Mais malgré cette régularisation, la demande de certificat de nationalité française, élément clé pour lever toute suspicion administrative, est toujours en cours d’instruction.
Un séjour familial devenu cauchemar
Les faits remontent au 23 juillet 2025. De retour d’un séjour éclair à Blida (Algérie) auprès de sa grand-mère malade, avec son petit frère de 11 ans, Safouane est intercepté par la police aux frontières à son arrivée à Orly. Bien qu’il présente son passeport français, un refus d’entrée est immédiatement établi à 22h30, au motif d’une vérification d’authenticité de ses documents.
Contacté par téléphone, Safouane raconte une situation confuse et angoissante : « J’ai signé 15 documents au total dans la zone d’attente. Sur l’un d’eux, ils affirment que je suis entré sans visa. Je ne comprends pas. J’ai toujours voyagé avec mon passeport français, récemment aux États-Unis via l’Allemagne, sans aucun problème. ».
Depuis, il vit dans l’incertitude, le stress et l’enfermement, avec des horaires d’expulsion changeants (vendredi 9h, puis 13h, puis samedi après-midi…). Il décrit des journées entières dans la zone d’attente, de 5h30 à 22h00, dans un flou total.
Une famille mobilisée, un frère traumatisé
Issue d’une famille franco-algérienne de cinq enfants, tous français, la mère de Safouane, Hayat, et son père, Fouad, ont mis leurs vies entre parenthèses pour réunir les preuves nécessaires à la défense de leur fils : trajets entre Bagneux, Orly et Nantes, courriers, démarches administratives, prises de contact. « Notre fils de 11 ans est choqué. Il ne comprend pas pourquoi son frère a été arrêté. Nous, quand nous allons le voir, on nous dit : “vous venez voir le Français”… »
La mère redoute que son fils soit victime d’un climat politique tendu entre la France et l’Algérie. « Nous sommes des citoyens ordinaires. Nous menons une vie sans histoire. Nous avons toujours payé nos impôts, élevé nos enfants dans le respect des lois, tous diplômés, tous insérés. Et voilà comment on est traités pour une erreur de vingt-cinq minutes sur un acte de naissance… »
Des recours engagés
La famille a mandaté un avocat pour faire appel de la décision d’expulsion. Pour l’avocate de la famille, Maître Martin, tous les recours nécessaires ont été engagés : un premier pour excès de pouvoir, et un second en référé-suspension devant le tribunal administratif de Melun. Elle attend désormais une convocation officielle, qui représenterait selon elle la seule issue favorable pour le jeune Safouane.
De leur côté, les services de la police aux frontières à Orly n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Ils nous ont redirigé vers d’autres services, jusqu’au ministère de l’Intérieur, qui nous a indiqué qu’une réponse serait apportée dès que davantage d’éléments seraient réunis.
La zone d’attente : un entre-deux juridique
La zone d’attente est une zone de non-droit apparent pour de nombreux voyageurs, notamment à Orly et Roissy. Les personnes concernées — parfois mineures ou françaises — y sont privées temporairement de liberté, parfois jusqu’à 26 jours, dans l’attente d’une décision d’entrée ou d’expulsion. Le cadre légal est strict, mais les conditions psychologiques sont souvent dénoncées comme pesantes, en particulier pour les cas de nationalité contestée.
Une affaire révélatrice de dérives administratives
Le cas de Safouane n’est pas isolé. Plusieurs situations similaires ont récemment été signalées, touchant des jeunes Français, souvent issus de l’immigration, dont les documents comportaient des erreurs, parfois mineures. Ces erreurs, bien que corrigées, laissent place à un doute administratif qui peut bouleverser des vies entières.
Cette affaire met en lumière la vulnérabilité de ceux dont la légitimité française est remise en question, malgré une vie entière passée en France. La famille Safouane espère désormais un regard humain sur ce jeune homme, dont la seule faute fut une anomalie déjà réparée par la justice.

