Procès de l’agression de Chloé à Blois : 22 ans de réclusion requis contre son ex-compagnon pour tentative de féminicide
- Nawel THABET
- 16 janvier 2026
- Centre Val de Loire, Société
- agression Chloé, cour d’assises Loir-et-Cher, féminicide, Justice, plaidoiries, procès Blois, réclusion criminelle, réquisitions, slider, tentative de féminicide, violences conjugales
À la cour d’assises de Blois ce vendredi 16 janvier, l’émotion et la gravité ont marqué la deuxième journée du procès de Marvin .J, jugé pour avoir violemment agressé son ex-compagne Chloé en 2022. L’avocate générale a requis 22 ans de réclusion criminelle, estimant établie sa volonté de tuer. Les plaidoiries de la partie civile et de la défense ont confronté deux lectures radicalement opposées d’un dossier qualifié de tentative de féminicide.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
L’audience de ce vendredi 16 janvier 2026 a été consacrée aux plaidoiries de la partie civile et au réquisitoire de l’avocate générale.
Quatre avocats se sont succédé pour défendre la qualification de tentative de féminicide, évoquant « la détermination de l’auteur, qui n’a laissé aucune chance à sa victime ».
Pour Maître Isabelle Steyer, avocate au barreau de Paris, il n’y a aucun doute : « La tentative de meurtre, c’est exactement ce qu’elle a subi. L’intégralité de son préjudice doit être réparée. Décrire les faits fait partie du continuum de violences. C’est une jeune femme qui a survécu grâce à l’intervention des voisins et de témoins auditifs, alertés par un cri de mort. »
Elle insiste également sur l’importance des mots dans le procès : « Il y a des mots qui réparent et des mots qui libèrent la parole. »
La défense demande une requalification des faits
La défense, représentée par Maître Stéphane Rapin, a plaidé la requalification des faits, demandant l’abandon de la tentative de féminicide au profit de violences volontaires.
« Marvin J., ce n’est pas une verrue sur le corps social dont il faudrait se débarrasser. Il faut le juger avant de le condamner. Juger, c’est comprendre », plaide l’avocat.
Il regrette que le débat se concentre sur la personnalité de son client plutôt que sur l’analyse juridique des faits, soulignant des failles dans l’expertise et l’absence d’audition des parents de l’accusé.
« La lutte contre les violences conjugales ne doit pas permettre de s’écarter des principes fondamentaux du droit pénal. L’intention homicide doit être démontrée par le ministère public. »
Il dénonce également ce qu’il considère comme une pression collective sur le procès :
« J’ai devant moi cinq réquisitoires : quatre avocats de la partie civile et l’avocate générale. Les faits sont graves, mais il faut donner une juste mesure à ce procès. »
Vérités judiciaire, médiatique et sociétale
Dans sa plaidoirie, Me Stéphane Rapin cite les mots de Marie Dosé : « Il y a la vérité judiciaire, la vérité médiatique et la vérité sociétale. Et la vérité judiciaire doit l’emporter dans une démocratie, parce que c’est la seule totalement contradictoire. »
Il évoque également l’exposition médiatique de son client, affirmant que Marvin J. a été profondément affecté par certaines présentations publiques :« On a dit qu’il était musulman radicalisé, alors que Chloé s’était convertie avant lui et portait le voile avant de le rencontrer. Lui-même ne suivait pas les préceptes de l’islam. Il buvait de l’alcool et fumait des joints. »
Pour la défense, il s’agit d’« un dossier banalement tragique ».
Les accusations passées et le doute invoqué
Me Stéphane Rapin revient sur plusieurs points du dossier, notamment l’impossibilité pour Chloé d’appeler au téléphone : « Il n’y avait pas de réseau dans l’appartement. Ils sortaient tous les deux à l’extérieur pour téléphoner. »
Concernant le casier judiciaire de son client, il précise : « À chaque rébellion ou absence de présentation à la police, il écopait de trois mois de prison. La réalité est que Marvin J. a du mal avec les autorités. »
Il lit également le témoignage d’une ex-compagne de l’accusé : « Marvin n’est pas un méchant garçon. La prison ne l’a pas aidé. Il n’avait pas un mauvais fond. Les journalistes veulent l’accabler, ils mentent. » Et rappelle un principe fondamental :
« Le doute doit toujours profiter à l’accusé. Il n’a jamais dit qu’il avait l’intention de la tuer. »
L’avocate générale : « Je n’ai aucun doute sur sa volonté de tuer »
Dans un réquisitoire ferme, l’avocate générale Stéphanie Clément-Bornet a déclaré n’avoir « aucun doute » sur la volonté homicide de l’accusé.
« Il a porté des coups et bel et bien voulu tuer une femme désormais marquée à tout jamais. »
Elle rappelle que le fait que la plainte de Chloé n’ait pas été prise au commissariat le 13 décembre 2022 n’exonère en rien l’accusé : « C’est lui qui a asséné les coups en la laissant pour morte. L’enjeu est celui de son intention. Voulait-il la tuer ? Oui, je n’ai aucun doute. »
Elle souligne que Chloé a survécu par miracle : « Grâce à l’intervention d’un voisin et parce qu’elle a trouvé une force de vie rarissime. »
« Mû par la volonté de tuer, de la broyer, de l’effacer »
Malgré son amnésie partielle, Chloé a pu relater les menaces de mort répétées.
L’avocate générale décrit une relation d’emprise totale : « Elle était sa chose. Elle a tenté de reprendre sa liberté. Il a continué à la harceler, a cherché à contacter sa mère. »
Revenant sur la soirée de l’agression, elle décrit un accusé « mû par la volonté de tuer, de la broyer, de l’effacer », et rappelle l’absence de lésions de défense sur les mains de la victime.
Aujourd’hui, Chloé est « marquée à jamais dans son corps, son esprit, sa vie de femme ».
« Je demande pardon » : les derniers mots de l’accusé
Ce vendredi, la parole a également été donnée à l’accusé, Marvin J., lors de ses derniers mots avant les délibérations. Calme à la barre, il a adressé des excuses à la victime et à sa famille :
« Je demande pardon à Chloé et à sa famille. Je n’ai jamais tué personne et ça n’a jamais été mon intention. Au fond de mon cœur, j’ai dit la vérité, je n’ai pas menti. »
Avant les plaidoiries et son dernier mot, la cour a donné la parole à l’accusé afin qu’il livre sa version des faits. Marvin J. a expliqué être revenu à Blois pour tenter de renouer avec Chloé, après leur rupture. Il a également évoqué la grossesse de la jeune femme, issue de leur relation, et l’avortement intervenu avant l’agression.
« Elle m’a dit avoir décidé d’interrompre la grossesse. J’étais triste et en colère », a-t-il déclaré depuis le box.
L’accusé est ensuite revenu sur ce qu’il a qualifié de « dix secondes, top chrono », au cours desquelles tout aurait basculé, alors que Chloé s’apprêtait à sortir pour appeler à l’aide.
« Je l’ai attrapée par les épaules, tirée vers l’intérieur de l’immeuble, puis j’ai porté trois coups de pied dans la tête », a-t-il reconnu, affirmant ne pas avoir imaginé « que ce serait aussi grave ».
Tout au long de son audition, Marvin J. a continué de nier toute intention de tuer son ex-compagne.
22 ans de réclusion requis, verdict attendu dans la nuit
Face à un accusé comptant 14 antécédents judiciaires, dont des violences sur une précédente compagne, l’avocate générale requiert :22 ans de réclusion criminelle et 10 ans de suivi socio-judiciaire avec injonction de soins, une période de sûreté équivalente aux deux tiers de la peine. Le verdict est attendu dans la nuit.

