Blois : lycéens et collégiens portent la mémoire des déportés lors du 81e anniversaire de la libération des camps

À Blois, la Journée nationale de la déportation a pris une dimension particulière ce dimanche 26 avril 2026. Sur la place de la République, lycéens et collégiens ont prêté leur voix aux lettres, poèmes et témoignages des déportés, rappelant l’importance du devoir de mémoire face aux violences du passé et aux dérives du présent.

Par Nawel Thabet / Medianawplus 

À l’occasion du 81e anniversaire de la libération des camps de concentration et de la Journée nationale de la déportation, élus, associations, familles et citoyens se sont réunis place de la République à Blois.
Cette cérémonie a pris une intensité particulière grâce à la participation des jeunes générations.
Des élèves du lycée François-Dessaignes : ( Mondésir, Allan, Layla, Manon et Clara) et du Collège Marie-Curie de Saint-Laurent-Nouan (Lili, lauréate du concours national de la Résistance et de la Déportation 2026 et Jules) ont lu des textes bouleversants, des poèmes et des lettres de déportés, transformant cet hommage en un moment de transmission vivante.
« Honorer la mémoire de celles et ceux dont les vies ont été brisées »
Dans son discours, Martine Aubry , présidente de la FNDIRP/ADIRP41, qui a ouvert la cérémonie a rappelé le sens profond de cette journée : « Nous nous rassemblons pour honorer la mémoire de celles et ceux dont les vies ont été brisées par la barbarie nazie. »
Elle a évoqué les femmes, les hommes et les enfants arrachés à leur foyer pour avoir résisté, refusé l’injustice, ou simplement en raison de leur origine, de leur foi ou de leur identité.

Elle a également salué la présence des jeunes en insistant sur le rôle essentiel de la jeunesse  : « Leurs voix portent la mémoire vers l’avenir. Dans un monde traversé par des tensions et des dérives idéologiques, nous affirmons que la paix se construit chaque jour par l’éducation, la solidarité et le refus de la haine. »

Les mots de Primo Levi résonnent à Blois
Parmi les lectures les plus marquantes, le poème de Primo Levi, extrait de Si c’est un homme, a profondément touché l’assemblée.
« Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos… »
Et plus loin :
« N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur. »

“Vous qui vivez en toute quiétude / Bien au chaud dans vos maisons / Considérez si c’est un homme / Que celui qui peine dans la boue / Qui se bat pour un quignon de pain / Qui meurt pour un oui ou pour un non.”. Ces vers, lus par Allan, élève de seconde, ont rappelé avec force l’inhumanité du système concentrationnaire.
La lettre bouleversante de Léo Schreiber
Autre moment fort : la lecture de la lettre écrite par Léo Schreiber, enfant interné au camp de Pithiviers, à son père survivant.
« Cher père, je vais te raconter tout ce qui nous est arrivé depuis notre départ… »
Le récit de son arrestation, du passage au Vélodrome d’Hiver, puis du transfert dans des wagons à bestiaux a plongé le public dans la réalité tragique des rafles de 1942.
La séparation d’avec sa mère, déportée avant lui, a suscité une vive émotion.
Léo et son frère Albert seront déportés quelques semaines plus tard. Seul leur père survivra.
« Tous les jeunes devraient participer à ce devoir de mémoire »
Pour Allan, lycéen au lycée Dessaignes, cette participation est un acte citoyen :
« Je pense que tous les jeunes devraient participer à ce devoir de mémoire. Le mot émouvant n’est pas assez fort. On ne peut pas donner de mots à ces atrocités. »
Fier d’avoir porté les mots de Primo Levi, il estime que transmettre cette mémoire est une responsabilité collective.
Une préparation sur toute l’année scolaire
Le projet a mobilisé les élèves pendant plusieurs mois. « Les élèves se sont préparés tout au long de l’année.Quatre volontaires ont travaillé sur la déportation depuis septembre. Martine Aubry est venue témoigner en classe, ce qui les a profondément marqués. », explique Leur professeure de français, Vierra Luzitana.

La professeure de français et trois élèves engagés dans le projet mémoire, réunis après leurs lectures émouvantes lors de la cérémonie de la Journée nationale de la déportation à Blois. Crédit photo Nawel Thabet / Medianawplus

Blois n’oublie pas ses déportés
Le maire de Blois, Marc Gricourt, a rappelé l’histoire locale :
« Ici à Blois, nous nous souvenons des 500 Loir-et-Chériens déportés et des 66 Blésois qui ne sont jamais revenus. »
Il a souligné que cette mission de transmission appartient désormais aux générations présentes.
Face aux discours extrêmes et aux dérives idéologiques, il a appelé à défendre sans relâche les valeurs républicaines. « À un an des présidentielles, face aux discours extrêmes, cet héritage nous oblige à défendre les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité. »

Une mémoire vivante tournée vers l’avenir
À travers les lectures, les chants, les dépôts de gerbes par les autorités avec la présence du  préfet de Loir-et-Cher Joseph Zimet et l’appel des morts, cette cérémonie a rappelé que la mémoire n’est pas seulement un hommage au passé.

Le préfet dépose une gerbe au pied du monument aux morts, en hommage aux victimes de la déportation et à la mémoire des disparus.Crédit photo Nawel Thabet / Medianawplus

Elle est aussi un rempart contre l’oubli, la haine et les violences de demain.
À Blois, les jeunes ont montré que le devoir de mémoire reste vivant — et qu’il continue d’éclairer l’avenir.