
Blois : 29 street artistes transforment les rues en galerie à ciel ouvert pour le festival « Plein les Yeux »
- Nawel THABET
- 20 juillet 2026
- Loisirs, Culture
- Blois, Comptoir irlandais, loisirs, Plein les yeux, Street art
Près de 30 artistes venus de toute la France ont investi le centre-ville de Blois, ce samedi 18 juillet, à l’occasion de la deuxième édition du festival « Plein les Yeux ». Entre poésie, messages engagés, dessins colorés et hommage à la petite Laura, la ville s’est métamorphosée le temps d’une journée, sous les regards émerveillés des habitants, des visiteurs et des touristes.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
Une explosion de couleurs au cœur de Blois. Difficile de traverser les rues du centre-ville sans lever les yeux. Sur les murs, les vitrines et les espaces autorisés, des dizaines d’œuvres ont pris place, attirant les regards des Blésois, des visiteurs et des touristes.
Près de trente street artistes ont répondu à l’invitation de Delphine et François, les gérants du Comptoir Irlandais de Blois et organisateurs de la deuxième édition du festival « Plein les Yeux ». Certains sont venus de Paris, Nantes, Angers, Bordeaux, Arles, Cannes, mais aussi du nord et du sud de la France, pour partager leur univers artistique et faire de Blois une immense galerie à ciel ouvert.
Un festival qui prend une nouvelle dimension
Après une première édition lancée presque confidentiellement l’an dernier, « Plein les Yeux » a changé de dimension.
Cette année, près de trente artistes se sont déplacés pour participer à l’événement, chacun avec son identité graphique et sa signature. Poésie urbaine, portraits, animaux fantastiques, personnages colorés, messages d’amour ou de paix… chaque mur raconte une histoire.
L’originalité du festival réside également dans la participation du public. Certains espaces ont volontairement été laissés libres afin que les habitants puissent, eux aussi, laisser un dessin, un mot ou une trace de leur passage.
« L’idée est née autour d’une soirée de la Saint-Patrick »
À l’origine de cette initiative, François, gérant du Comptoir Irlandais de Blois. « Tout est parti d’une soirée de la Saint-Patrick. Des street artistes m’ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas pratiquer leur art comme ils le souhaitaient pendant l’hiver. Ils m’ont lancé l’idée d’organiser un événement l’été. C’est comme ça qu’est né “Plein les Yeux”. »
Le commerçant ne cache pas sa satisfaction, « l’an dernier, nous étions quelques-uns. Cette année, ils sont 29, venus de toute la France. Ils se sont approprié Blois avec beaucoup de talent et surtout énormément de bienveillance. »
Des univers artistiques pour tous les goûts
Le public a découvert les créations de nombreux street artistes venus des quatre coins de la France. Derrière leurs noms d’artiste se cachent des femmes et des hommes passionnés : Flowater (Flo), Le Barbu (Niko), Les Fées des Rues (Sonia), Julybubble80 (Julie), Émile Bernet (Émile), NBF Street (Nathalie), Schwett , Kgoot (Fabrice ) et Spychopump (Nina), qui ont investi les murs de Blois le temps d’une journée.
Les styles se croisent sans jamais se ressembler. Émile Bernet joue avec les mots et les messages positifs. Le Barbu sublime les silhouettes féminines. Kgoot met à l’honneur les oiseaux ligériens, tandis que d’autres préfèrent les sirènes, les chouettes, les escargots de Loire ou encore les fresques contemporaines.
Même François Ier s’est invité dans cette galerie éphémère sous les traits d’un chat baptisé « Franchat ».


Dans les rues adjacentes de Denis-Papin, le street art se raconte au fil des murs
Dans les rues adjacentes de Denis-Papin, les artistes étaient à pied d’œuvre dès le début de la journée. Perché sur une échelle, Émile, aidé de Sonia, des Fées des Rues, collait deux petites plaques blanches aux inscriptions noires : « Et un et mille soleils » et « Émile est une nuit ». Quelques mètres plus loin, Sonia installait l’une de ses créations en céramique peinte en rose représentant une femme en salopette, accompagnée de la phrase « Je vois la vie en rose », sur un mur du campus de la CCI, à deux pas de la place Louis-XII.

Mais l’œuvre qui a le plus attiré les regards est sans conteste le grand portrait de Laura. Souriante, la fillette tend la main vers un papillon dans une création signée Le Barbu, accompagnée de cette inscription : « Les histoires les plus fortes se collent sur les murs. » Installée sur la façade du Comptoir Irlandais, rue Denis-Papin, là où se retrouvaient les artistes et les visiteurs tout au long de la journée, l’œuvre a suscité de nombreuses émotions.
Les passants ont, eux aussi, été invités à devenir artistes. Des crayons étaient mis à leur disposition afin qu’ils puissent écrire un message ou réaliser un dessin à l’intérieur de grands cœurs volontairement laissés vierges par les créateurs. Une initiative qui a particulièrement séduit les familles et les enfants.
Autre œuvre très remarquée : une immense sirène rose et blanche dont les écailles avaient été laissées blanches. Au fil des heures, elles se sont progressivement remplies de dessins, de mots et de couleurs, au gré de l’imagination des visiteurs, transformant l’œuvre en une véritable création collective.
L’émotion avec « L’Étoile de Laura »
Cette deuxième édition a également pris une dimension solidaire. L’association “L’Étoile de Laura” était présente pour sensibiliser le public et récolter des fonds au profit de la recherche contre le cancer.
Laura est décédée l’an dernier, à seulement 12 ans et demi, après quatre années de combat contre la maladie.
Sa maman, Lucie, est venue avec émotion découvrir le portrait géant réalisé par l’artiste Le Barbu.
« Il m’avait demandé une photo de Laura. Quand je suis arrivée et que j’ai vu son portrait sur la façade du Comptoir Irlandais, nous avons tous fondu en larmes. C’était elle… »
Autour du stand, bracelets et petits bijoux confectionnés par Laura permettent aujourd’hui de poursuivre son engagement à travers l’association qui porte son nom.

Les habitants conquis
Le festival a aussi donné la parole aux visiteurs. Sophie, venue soutenir son fils, l’un des artistes présents, salue cette liberté d’expression.
« À mon époque, ce type d’art n’était pas accepté. Aujourd’hui, je trouve formidable que les artistes puissent s’exprimer librement et que les habitants participent eux aussi. »
Quelques mètres plus loin, Didier observe les œuvres avec son épouse et son petit-fils.
« Ça fait du bien. On entend tellement de mauvaises nouvelles. Voir toutes ces couleurs dans les rues redonne le sourire et fait vivre la ville. »
Karine, gérante de la boutique Le Goût du Jeu, se réjouit, elle aussi, d’accueillir une chouette sur la devanture de son magasin.
« C’est un vrai clin d’œil à ce que je fais et à ce que nous vendons dans la boutique, d’autant plus que la chouette fait écho à notre logo, Hazard. »
Vers une troisième édition ?
Face au succès populaire de cette deuxième édition, Delphine, François et toute l’équipe du festival regardent déjà vers l’avenir.
L’engouement du public, la mobilisation des artistes venus de toute la France et les nombreux échanges avec les habitants confirment que « Plein les Yeux » est en train de s’imposer comme un rendez-vous culturel incontournable de l’été blésois.
Pour Angélique, responsable de la communication du festival, il ne fait guère de doute que l’événement est appelé à s’inscrire durablement dans le paysage culturel local. « J’ai quand même l’impression que tout le centre-ville est là. »
Le temps d’une journée, Blois a prouvé que le street art pouvait faire bien plus que décorer les murs : il crée du lien, raconte des histoires et transforme la ville en un immense espace de rencontre et de partage.
