
Fermetures de classes : « Il faut une école pour les élèves, pas systématiquement une école pour la commune », affirme le recteur
- Nawel Thabet
- 2 septembre 2026
- Centre Val de Loire
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La rentrée scolaire 2026 a débuté ce mardi 1er septembre au collège Les Provinces à Blois, où 181 élèves de 6e ont découvert leur nouvel établissement parmi quelque 770 collégiens.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
Alors que la baisse démographique entraîne une diminution des effectifs scolaires, la question des fermetures de classes et d’écoles reste sensible. Le recteur de l’académie d’Orléans-Tours, Jean-Philippe Agresti, défend une stratégie visant à préserver le taux d’encadrement tout en adaptant l’organisation scolaire aux nouvelles réalités démographiques.
Derrière les cartables et l’effervescence de la rentrée scolaire, une question continue de susciter débats et inquiétudes dans de nombreux territoires : celle des fermetures de classes et d’écoles.
Au collège Les Provinces à Blois, où 181 élèves de 6e ont effectué leur rentrée ce mardi 1er septembre, le recteur de l’académie d’Orléans-Tours, Jean-Philippe Agresti, a été interrogé sur les conséquences de la baisse démographique sur les moyens accordés à l’Éducation nationale.
Sa réponse repose sur un constat : le nombre d’élèves diminue, mais le taux d’encadrement a progressé.
Un taux d’encadrement en hausse depuis dix ans
« En dix ans, dans notre académie, le taux d’encadrement a progressé de manière très significative », explique Jean-Philippe Agresti.
Le recteur cite notamment, pour le second degré, une progression de l’indicateur qu’il évoque, de 5,22 à 6,19.
Selon lui, cette évolution traduit les moyens supplémentaires mobilisés ces dernières années pour mieux encadrer les élèves.
« Si on fait le ratio entre perte d’élèves et montée du taux d’encadrement, en réalité, ce sont des milliers de postes qui ont été injectés pour mieux encadrer nos élèves », affirme-t-il.
5 000 élèves en moins, mais pas 242 suppressions de postes
La situation actuelle est toutefois différente.
Dans le premier degré, l’académie fait face à une forte baisse démographique. Près de 5 000 élèves en moins sont attendus.
Si cette baisse avait été appliquée mécaniquement tout en conservant le même taux d’encadrement, elle aurait dû conduire, selon le calcul présenté par le recteur, à 242 suppressions de postes.
Or, pour cette année, 88 suppressions de postes sont prévues.
« La baisse démographique, sans que l’on dégrade le taux d’encadrement, aurait dû entraîner une baisse de 242 postes. On a eu 88 suppressions de postes et pas 242 », explique Jean-Philippe Agresti.
Pour le recteur, cet écart montre que la totalité de la baisse démographique n’a pas été répercutée sur les moyens.
Le dédoublement des classes a changé la donne
Jean-Philippe Agresti rappelle également que les dix dernières années ont été marquées par des créations de postes liées notamment au dédoublement de certaines classes.
Il cite les classes de grande section, de CP et de CE1 en éducation prioritaire.
Selon lui, ces mesures ont contribué à faire progresser le taux d’encadrement dans les différents départements de l’académie.
« Toutes les courbes des taux d’encadrement sont montées », assure-t-il.
Moins d’élèves par classe ne suffit pas
Le recteur reconnaît cependant que réduire le nombre d’élèves par classe ne constitue qu’une partie de la réponse.
« La baisse du nombre d’élèves par nombre d’enseignants, c’est une chose qui est évidemment appréciée des enseignants », estime-t-il.
Mais cette évolution doit également s’accompagner d’un changement dans les pratiques pédagogiques.
Selon Jean-Philippe Agresti, les résultats des élèves progressent davantage lorsque la réduction des effectifs s’accompagne d’une évolution des méthodes d’enseignement.
« Lorsqu’on a moins d’élèves par classe, il faut aussi faire évoluer les méthodes pédagogiques », explique-t-il.
La formation des enseignants devient alors un élément essentiel de cette transformation.
Fermetures d’écoles : un choix qui doit être collectif
La baisse démographique pose également une question plus large : celle de l’organisation du territoire.
Dans certaines communes rurales, la diminution du nombre d’enfants peut conduire à des classes à plusieurs niveaux, voire à des écoles accueillant très peu d’élèves.
Pour le recteur, les décisions ne peuvent pas être prises uniquement sous l’angle administratif.
Il rappelle par ailleurs que l’engagement présidentiel de ne pas fermer une école sans l’accord du maire demeure en vigueur.
« La parole présidentielle (…) est toujours en vigueur et active, c’est-à-dire pas de fermeture d’école sans l’accord de Madame ou Monsieur le maire », rappelle-t-il.
Mais face à la baisse démographique, Jean-Philippe Agresti estime qu’un débat collectif doit s’engager.
Le recteur résume son approche par une formule particulièrement forte :
« Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut ? Il faut une école pour mes élèves et face à la déprise démographique, pas systématiquement une école pour ma commune. »
Pour lui, plusieurs solutions peuvent être envisagées : maintenir une classe unique avec plusieurs niveaux ou permettre à des élèves de parcourir quelques kilomètres supplémentaires afin de rejoindre une école disposant de classes moins chargées.
« Est-ce que pour mes élèves, je veux qu’il y ait une école dans ma commune ? Ou est-ce que pour mes élèves, je veux qu’ils fassent dix minutes de trajet supplémentaire, mais qu’ils soient dans une école, par exemple, d’une classe à deux niveaux ou à un seul niveau ? C’est un choix », explique-t-il.
« Le choix doit être collectif »
Jean-Philippe Agresti refuse cependant de présenter ces évolutions comme des décisions imposées uniquement par l’Éducation nationale.
« Ce n’est pas simplement la méchante Éducation nationale (…) qui va décider seule dans son coin », affirme-t-il.
Le recteur appelle au contraire les élus, les parents et les acteurs éducatifs à réfléchir ensemble aux solutions adaptées à chaque territoire.
Cette réflexion concerne notamment l’accueil des élèves à besoins éducatifs particuliers, la capacité des petites écoles à proposer les mêmes conditions d’enseignement et l’évolution des classes à plusieurs niveaux.
Un nouveau cycle pour l’école
Pour le recteur, la France entre dans une nouvelle période de son histoire scolaire.
Tous les enfants sont désormais scolarisés, tandis que certaines zones connaissent une baisse importante du nombre d’élèves.
« On rentre dans un nouveau cycle, un nouveau moment historique de notre école », estime-t-il.
La déprise démographique devient ainsi à la fois une question d’éducation, d’aménagement du territoire et de formation des enseignants.
À l’issue de cette rentrée scolaire au collège Les Provinces, le débat reste donc ouvert : comment maintenir un haut niveau d’encadrement et garantir la réussite des élèves tout en adaptant la carte scolaire à une baisse durable des effectifs ?
Pour le recteur, la réponse ne pourra pas être uniquement comptable. Elle devra être collective, territoriale et pédagogique.

