Agriculteurs du Loir-et-Cher : colère, blocages et dialogue public avec le nouveau préfet
- Nawel THABET
- 26 septembre 2025
- Centre Val de Loire
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Ce vendredi 26 septembre, le Loir-et-Cher a été le théâtre d’une mobilisation agricole d’ampleur à l’appel de la FNSEA 41 et des Jeunes Agriculteurs (JA). Blocages de ronds-points, actions dans les grandes surfaces, déversements de lisier et de pommes devant la préfecture : la colère des exploitants agricoles, frappés par la chute des revenus et la concurrence déloyale, a été exprimée publiquement lors d’un échange inédit devant les grilles de la préfecture de Blois avec le nouveau préfet Joseph Zimet.
Par Nawel THABET / Medianawplus
À Blois, la mobilisation agricole s’est transformée, ce vendredi 27 septembre, en un dialogue inédit entre une cinquantaine d’agriculteurs et le nouveau préfet Joseph Zimet. Blocages, colère contre la concurrence déloyale, revendications sur la rémunération : la tension n’a pas empêché l’écoute et la promesse d’actions concrètes de la part du représentant de l’État.
Blocages et actions coup de poing dans tout le Loir-et-Cher
Dès le matin, ronds-points bloqués, tracteurs mobilisés, opérations menées dans les grandes surfaces : une cinquantaine d’agriculteurs et une dizaine de tracteurs se sont rassemblés devant la préfecture à Blois pour réclamer des mesures d’urgence. Les revendications : fonds d’urgence, activation de la réserve PAC, suppression des taxes sur les engrais, hausse du budget agricole, reconnaissance du désarroi causé par le MERCOSUR et les importations.
Échange public et direct : la parole aux agriculteurs
Pendant plus d’une heure, le préfet Joseph Zimet, accompagné de sa directrice de cabinet Naïma Ben Ahmed et de la nouvelle directrice de la DDT Sandrine Reverchon-Salle, a dialogué ouvertement avec les manifestants, devant les grilles de la préfecture. Onze porte-parole agricoles ont pris la parole : Olivier Hardoin (FDSEA41), Fabrice Gaussant, Damiens Croiset, Sylvain Boiron, Florent Richard et d’autres, exposant la détresse des exploitants.

Les agriculteurs ont abordé une large palette de sujets : gestion de l’eau, dégâts causés par le grand gibier, filières légumes et miel, présence du loup et du renard…
Au total, onze prises de parole se sont succédé, ouvertes par Olivier Hardoin, président de la FNSEA 41, et relayées notamment par Fabrice Gaussant, Damiens Croiset, Sylvain Boiron, Florent Richard, Michel Piquet, Julien Person, et d’autres.
Chacun a détaillé ses revendications et expliqué les raisons de cette mobilisation du vendredi 27 septembre. Tous ont rappelé que l’agriculture française est à bout de souffle : trop d’exploitants travaillent sans parvenir à vivre de leur métier. Revenus en chute libre, charges qui explosent, incohérences politiques, avenir de l’agriculture française, distorsions de concurrence : il est temps d’agir.
La réponse du préfet : engagement et limites de l’État
Face à la gravité des témoignages, le préfet a assuré « objectiver toutes les situations les plus graves », promettant une cellule de travail sur les dégâts du gibier et le lancement rapide d’assises sur l’eau : « Vous avez mon écoute, mon attention, mon engagement ; l’État est là pour vous accompagner ». Il rappelle cependant les limites de son mandat.
Le préfet n’a éludé aucune question et a insisté :
« Je ne pense pas un seul instant que vous êtes les oubliés de la République… Il est hors de question de laisser les agriculteurs dans la détresse, ce n’est pas notre travail, notre travail c’est l’inverse. L’État a une boîte à outils, et si certains outils manquent, nous en créerons. »
Sur la crise de la faune sauvage et la nécessité d’agir vite : « Pour les dégâts du gibier on va créer une cellule de crise, c’est urgent et je sais que vous voulez des résultats maintenant. Nous allons nous mettre au travail, il n’y a pas de difficulté là-dessus. »
Sur la limitation de son action : « La difficulté, c’est que tous les sujets ne sont pas entre les mains du préfet. Je ne suis pas à Bruxelles pour négocier le Mercosur… Mais sur ce qui relève de notre niveau, je m’engage à avancer tout de suite. »
Le sujet du MERCOSUR a cristallisé les tensions : produits importés qui ne respectent pas les normes françaises, accords internationaux menaçant la souveraineté alimentaire, perte de marchés stratégiques.
« La messe n’est pas dite », a nuancé le préfet, rappelant que ces négociations échappaient à son champ d’action.
Sur le rôle de l’administration locale et son engagement personnel :
« Vous avez mon écoute, mon attention, mon engagement. Ne pensez pas une seconde que l’État vous tourne le dos : c’est l’inverse, notre boulot c’est de vous accompagner, parce que l’agriculture, c’est l’ADN de la France. »
Il s’est engagé à :
Ouvrir une cellule de crise sur les dégâts de gibier,
Relancer rapidement les assises de l’eau,
Se déplacer dans les exploitations pour dresser un cahier des charges départemental.
L’État promet des actes… et non plus seulement des paroles
La directrice de la DDT de Loir-et-Cher, Sandrine Reverchon-Salle, a assuré pour sa part : « Nous trouverons localement des leviers pour avancer ensemble, même sur l’eau, il n’y a pas de tabou. » Elle a rappelé que 97 % des dossiers PAC étaient déjà traités, et rassuré sur l’expertise humaine de la DDT41.
Elle a rassuré sur l’avance PAC, promettant sa mise à disposition d’ici la mi-octobre et soulignant l’accompagnement humain, pas informatique, des agriculteurs en difficulté.
Agricultures en attente de preuves
Si la responsable syndicale FNSEA 41, Marion Le Roux, a salué « un dialogue riche et public ..l’échange a porté plein de belles paroles », elle précise que « désormais, c’est sur l’action qu’on jugera ». Elle insiste sur l’urgence de réponses locales, en attendant des mesures nationales.
Preuve de l’urgence, le mouvement s’est achevé par un déversement de lisier et de pommes pourries devant la préfecture : signe d’une impatience qui ne cesse de grandir et un ras-le-bol d’une profession en quête de reconnaissance et de solutions rapides.

