Congrès des maires de Loir-et-Cher : « Les collectivités ne peuvent pas devenir la variable d’ajustement de l’État »

Réunis jeudi 15 octobre à la Halle aux Grains de Blois, plus de 750 élus, représentants institutionnels et partenaires ont participé au 67e Congrès des maires de Loir-et-Cher. Pour ce premier grand rendez-vous de la nouvelle mandature, Catherine Lhéritier, présidente de l’association départementale, a alerté sur les contraintes budgétaires annoncées pour 2027, l’urgence climatique et les difficultés croissantes auxquelles les élus locaux doivent faire face.

Par Nawel Thabet / Medianawplus 

Le ton est donné pour les six prochaines années. À l’occasion du 67e Congrès des maires de Loir-et-Cher, organisé jeudi 15 octobre à Blois, Catherine Lhéritier a dressé un état des lieux des défis qui attendent les communes et les intercommunalités. Devant plus de 750 participants, la présidente de l’Association des maires de Loir-et-Cher a notamment exprimé ses inquiétudes face aux orientations budgétaires envisagées par l’État pour 2027.

« Les collectivités territoriales ne peuvent pas devenir la variable d’ajustement des déséquilibres budgétaires de l’État », a-t-elle déclaré, dénonçant les conséquences potentielles du projet de loi de finances sur les capacités d’action des communes.

Selon les chiffres avancés dans son discours, l’Association des maires de France (AMF) estime à plus de 7 milliards d’euros l’effort demandé aux collectivités, dont au moins 5 milliards pour le seul bloc communal, en intégrant notamment la hausse des cotisations à la CNRACL.

Pour Catherine Lhéritier, les communes ne peuvent être considérées comme responsables du déficit de l’État alors qu’elles doivent continuer à financer les services publics de proximité, rénover leurs équipements et répondre aux besoins des habitants.

« Fragiliser leurs finances, c’est directement compromettre leur capacité à agir, mais aussi pénaliser l’économie de nos territoires », a-t-elle souligné, rappelant le rôle de l’investissement communal dans le soutien aux entreprises et à l’emploi local.

Changement climatique : les maires en première ligne

Autre sujet majeur de cette nouvelle mandature : l’adaptation des territoires au changement climatique. Canicules, sécheresses, inondations, risques de feux de forêt et tensions sur la ressource en eau imposent aux élus locaux d’anticiper davantage les crises et de repenser certains aménagements.

« Le défi climatique ne doit pas être vécu comme une contrainte supplémentaire imposée aux communes, mais comme une transformation à accompagner, avec pragmatisme et discernement », a insisté la présidente de l’association.

Rénovation des bâtiments publics, protection des populations, préservation des ressources naturelles et prévention des risques figurent parmi les chantiers auxquels les communes devront s’atteler. Mais pour engager des investissements sur plusieurs années, les élus réclament davantage de visibilité sur les financements disponibles.

La présidente appelle ainsi à une transition écologique adaptée aux réalités de chaque territoire, avec des moyens suffisants et des dispositifs de soutien plus stables.

« Il ne suffit plus toujours de décider. Il faut aussi convaincre, expliquer et associer »

Au-delà des enjeux financiers et climatiques, Catherine Lhéritier a également évoqué les mutations de la société et l’évolution des relations entre élus et habitants.

Les attentes des citoyens sont de plus en plus fortes, parfois contradictoires. Les habitants souhaitent être davantage associés aux décisions qui concernent leur cadre de vie, tout en attendant des réponses rapides et concrètes.

« Il ne suffit plus toujours de décider. Il faut aussi convaincre, expliquer et associer », a-t-elle résumé.

Cette évolution oblige les maires à renforcer le dialogue avec la population, sans renoncer à leur responsabilité de décision. La présidente a également alerté sur les incivilités, les menaces et les agressions envers les élus, estimant nécessaire de poursuivre les efforts en faveur de leur protection et de la reconnaissance de leur engagement.

Liberté d’action, simplification et autonomie financière

Dans son discours, Catherine Lhéritier a plaidé pour une décentralisation qui donne davantage de marges de manœuvre aux collectivités. Elle a notamment dénoncé l’inflation des normes, qui alourdit les dépenses et complexifie la conduite des projets locaux.

« Nous n’avons pas besoin de nouvelles injonctions. Nous avons besoin de visibilité, de stabilité et de liberté d’action », a-t-elle affirmé.

La présidente a également appelé à renforcer le dialogue entre les maires et les préfets, en donnant à ces derniers davantage de possibilités d’adapter les décisions aux réalités locales. Elle estime que le transfert de compétences aux collectivités doit s’accompagner d’une véritable autonomie financière.

Trois priorités pour les six prochaines années

Pour faire face à ces défis, Catherine Lhéritier a fixé trois grandes priorités pour le nouveau mandat : développer la capacité d’anticipation et la culture de la gestion des risques, préserver la capacité des communes à mener des projets malgré les contraintes financières, et mobiliser les forces humaines qui font vivre les collectivités.

La préparation aux crises, en particulier, doit devenir un réflexe. Le maire est en première ligne lorsqu’une catastrophe survient, mais il ne peut agir seul. La coopération avec les services de l’État, la justice, la police, la gendarmerie et les services départementaux d’incendie et de secours est essentielle.

La présidente a également insisté sur les difficultés de recrutement et les départs à la retraite dans les collectivités, ainsi que sur la nécessité d’adapter les pratiques de management pour maintenir la qualité du service public.

Plus de 70 partenaires réunis à Blois

Au-delà des prises de parole, ce 67e congrès a permis aux élus d’échanger sur leurs expériences et leurs préoccupations. Des ateliers organisés durant la matinée et un salon réunissant plus de 70 partenaires institutionnels et privés ont ponctué cette journée.

La séquence « Nos communes ont du talent » a notamment mis en lumière des initiatives portées par Pezou et Nouan-le-Fuzelier, autour de solutions numériques répondant à des besoins concrets, notamment en matière d’assainissement et de maîtrise de l’énergie.

Le congrès a également été l’occasion de présenter la nouvelle édition de l’Annuaire des communes et intercommunalités de Loir-et-Cher, actualisée après les élections municipales.

Malgré les difficultés annoncées, Catherine Lhéritier a conclu sur un message de mobilisation : « Nous savons que ce mandat ne sera pas un mandat facile. Mais je suis convaincue qu’il peut être un mandat utile, ambitieux et porteur de belles réalisations, si nous savons préserver ce qui fait la force de nos communes : la proximité, l’engagement et la capacité à agir ensemble. »

Un appel à la solidarité entre élus, alors que s’ouvre une mandature placée sous le signe des contraintes financières, de l’adaptation climatique et de la nécessité de préserver les moyens d’action des communes.