Violences sexistes et sexuelles : « un demi-million de victimes par an, il faut une vraie loi intégrale » la députée LFI, Ségolène Amiot, en café-débat à Blois

Mardi 7 juillet, en pleine canicule, la France insoumise de Blois a tenu son troisième café-débat au restaurant l’Arboré Sens. Autour de la députée Ségolène Amiot, commissaire de la commission d’enquête sur l’inceste parental, une trentaine de personnes ont échangé sur la future loi dite « intégrale », les chiffres glaçants des violences sexuelles et les angles morts de la justice face aux violences faites aux femmes et aux enfants.

Par Nawel Thabet / Medianawplus

La France insoumise de Loir-et-Cher a organisé son troisième café thématique à Blois, mardi 7 juillet, dans la salle du restaurant l’Arboré Sens. Malgré la canicule, le défi a été relevé : la salle du restaurant  affichait complet. Jeunes, familles et militants avaient répondu présents pour débattre d’un sujet jugé « plus chaud que la météo » : les violences sexistes et sexuelles et la réponse de la justice. Ce rendez-vous s’inscrit dans le calendrier local de LFI, alors que la campagne présidentielle du mouvement doit réellement débuter à l’automne.

Pour son troisième café thématique, LFI Blois avait choisi de bousculer son calendrier et de mettre la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au cœur des échanges, en résonance avec les mobilisations féministes et enfantistes qui se multiplient partout en France.

Ségolène Amiot, invitée pour parler loi intégrale et inceste parental

Le café-débat avait pour invitée centrale la députée de Loire-Atlantique Ségolène Amiot, membre de la France insoumise et commissaire de la toute récente commission d’enquête sur l’inceste parental. Elle doit rendre public son rapport le 9 juillet.

« J’étais invitée à Blois pour parler des violences sexistes et sexuelles et de la loi dite intégrale qui va être déposée à l’Assemblée nationale. Je fais partie de la commission d’enquête des traitements judiciaires de l’inceste et des parents protecteurs », a confié la parlementaire.

La députée de Loire-Atlantique Ségolène Amiot a défendu une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, plaidant pour davantage de moyens humains, judiciaires et sociaux plutôt qu’un simple durcissement des sanctions pénales.

Pour la députée, la priorité n’est pas de renforcer les peines, mais d’investir massivement dans la prévention.
« Aujourd’hui, seulement 1 % des agresseurs sont condamnés. Aggraver les peines ne changera rien si les dossiers n’aboutissent jamais devant la justice. »
Selon elle, la future loi devra avant tout prévoir : davantage d’officiers de police judiciaire (OPJ) ;
plus de magistrats ; des moyens supplémentaires pour l’Aide sociale à l’enfance ; davantage de prévention et de formation, aussi bien auprès des enfants que des professionnels.

Chiffres glaçants de la CIIVISE : « un permis d’agresser »
Le débat, animé par Anne-Laure Mager, co-animatrice du groupe d’action LFI blésois avec Wassim Manour, s’est appuyé sur les derniers chiffres de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE). Le 15 juin 2026, celle-ci a remis aux ministres Gérald Darmanin et Stéphanie Rist son bilan de mise en œuvre des 82 préconisations formulées en novembre 2023.

Les chiffres rappelés ont été qualifiés de « catastrophiques » : 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année, un enfant victime d’un viol ou d’une agression sexuelle toutes les trois minutes, 130 000 enfants concernés par l’inceste, 75% des plaintes classées sans suite, 22 300 enquêtes pénales par an, 5 575 agresseurs présentés devant un juge, dont 64% relaxés ou acquittés, et seulement 1% d’auteurs effectivement condamnés.

Pour Ségolène Amiot, ces données « sont littéralement un permis d’agresser ». Elle a insisté sur le fait qu’on parle chaque année d’« un demi-million de victimes et d’un demi-million d’agresseurs », rappelant que l’enjeu est de faire baisser ce nombre plutôt que de se concentrer uniquement sur l’aggravation des peines pour la minorité de cas arrivant à une condamnation.

Des violences multiples, au-delà du pénal
La députée a rappelé qu’il existe plusieurs formes de violences : sexuelles, physiques, psychologiques, mais aussi économiques et administratives. Elle a souligné que seules trois sont réellement prises en compte par le code pénal, ce qui rend impossible une plainte pour des violences économiques ou administratives, comme un vol d’aides sociales à la CAF par un conjoint ou ex-conjoint.

Ségolène Amiot a notamment développé la notion de contrôle coercitif : subtilisation de carte d’identité ou de carte vitale, contrôle des comptes bancaires, blocage d’aides, etc. Elle a évoqué l’exemple des comptes joints, où le nom de monsieur apparaît souvent en premier sur le RIB. La CAF versant les prestations à ce premier nom, les femmes peuvent se retrouver dépendantes et bloquées en cas de séparation.

Elle a fait une parenthèse sur le mot « conjugal », en rappelant qu’on y retrouve l’idée de « joug » : « Être sous le joug de quelqu’un, c’est être sous la coupe de quelqu’un, sous sa domination. »

Une justice en manque de moyens, de formation et d’expertises encadrées
Le café-débat a également abordé le rôle des experts auprès des tribunaux et les difficultés liées à leur sélection. Ségolène Amiot a distingué les psychiatres – médecins qui peuvent se spécialiser en pédopsychiatrie –, les psychologues – professionnels issus d’un cursus universitaire long – et les psychanalystes, dont le profil est souvent plus flou, avec des critères d’engagement peu transparents.

Avec la salle, la députée a tenté de comprendre pourquoi la justice ne reconnaît pas réellement les victimes : manque de formation des policiers, gendarmes et enquêteurs, manque de moyens et de formation des magistrats, poids des expertises parfois marquées par des parti-pris.

Elle a cité une décision rarissime rendue le 13 mai dernier, où un juge a retiré l’autorité parentale à un père qui harcelait la mère devant les enfants, estimant qu’il n’était pas un « bon père » pour eux, tout en maintenant le paiement de la pension. Une décision qui, selon elle, montre qu’il est possible de mieux prendre en compte les violences psychologiques et le contrôle coercitif dans les décisions de justice.

Quelle loi « intégrale » ? LFI critique le « tout répressif »
Au cœur des échanges, la future loi dite « intégrale » a été longuement discutée. Pour la députée, ce texte ne pourra être utile que s’il apporte de véritables moyens : pour la prévention et la formation, des enfants comme des adultes ; pour la justice, avec plus d’officiers de police judiciaire et de magistrats, afin de pouvoir instruire les dossiers ; pour l’aide sociale à l’enfance.

Ségolène Amiot a critiqué un projet gouvernemental jugé « tout répressif », qui se concentrerait surtout sur l’aggravation des peines après des affaires comme celle de Lyhanna. Selon elle, « aggraver les peines pour 1% de condamnations ne réglera rien », si le cœur du problème – la non-reconnaissance des victimes et l’absence de condamnation dans la grande majorité des cas – n’est pas traité.

Un débat dense, en petit comité, mais très engagé
Environ 35 personnes ont bravé la canicule pour participer à ce café thématique. En interaction avec la députée, la salle a abordé l’EVARS, dispositif de formation qui devrait, selon LFI, être élargi à l’ensemble de la société et pas seulement aux scolaires.

Ce troisième café LFI à Blois a ainsi permis de mettre sur la table la question des violences sexistes et sexuelles, de l’inceste parental et des limites du système judiciaire actuel. Il s’inscrit dans un contexte de mobilisations nationales des collectifs féministes et « enfantistes » qui réclament une loi-cadre intégrale, avec des moyens à la hauteur des enjeux, et non un simple ajustement répressif.