Michel Bégon, le passé esclavagiste d’un personnage blésois au cœur des Rendez-vous de l’histoire

L’histoire de Michel Bégon sera au cœur des Rendez-vous de l’histoire 2026. Du 7 au 11 octobre, l’association Bégon & Grégoire, héritages blésois, profitera de cette 29e édition consacrée au thème « Les Marchands » pour mettre en lumière le parcours méconnu de cette figure blésoise et son rôle dans l’histoire du système colonial et esclavagiste. La table ronde « Un technocrate de l’esclavage – Nouveaux regards sur Michel Bégon » se tiendra vendredi 9 octobre à l’INSA, avec Pierre-Yves Bocquet, de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, et Philippe Voisin, journaliste et historien. Elle constitue l’un des temps forts de la démarche portée par l’association présidée par Louis Buteau.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
À Blois, l’histoire de Michel Bégon sort progressivement de l’ombre. Créée en février 2026, l’association Bégon & Grégoire, héritages blésois s’est donné pour objectif de faire connaître cette page de l’histoire locale et de susciter une réflexion sur l’esclavage, ses héritages et leurs résonances contemporaines.
Pour Louis Buteau, président de l’association et membre du conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire, cette démarche répond à une nécessité : faire connaître aux Blésoises et aux Blésois une histoire qui reste largement méconnue.
« C’est à nous et à notre association de mettre la lumière sur cet héritage et de rendre hommage à ce personnage », souligne-t-il.
Une table ronde au cœur des Rendez-vous de l’histoire
Le temps fort de cette démarche se déroulera lors des Rendez-vous de l’histoire 2026, avec une table ronde consacrée directement à Michel Bégon.
Intitulée « Un technocrate de l’esclavage – Nouveaux regards sur Michel Bégon », elle réunira Pierre-Yves Bocquet, de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, et Philippe Voisin, journaliste et historien.
Cette rencontre doit permettre de revenir sur le parcours de Michel Bégon, son rôle dans l’administration et le système colonial sous Louis XIV, mais aussi de questionner la place de cette figure dans la mémoire locale.
Pour l’association Bégon & Grégoire, cette table ronde constitue ainsi une occasion de contextualiser le personnage et son époque, tout en ouvrant un débat plus large sur l’esclavage et ses conséquences dans la société française.
« Tout est parti d’un article de presse »
La création de l’association trouve son origine dans une redécouverte récente du rôle joué par Michel Bégon dans l’histoire coloniale française.
« Tout a commencé avec un article de presse paru sur Magcentre, où le journaliste a révélé que Michel Bégon était l’un des auteurs du Code noir », raconte Louis Buteau.
Cette découverte a conduit plusieurs acteurs blésois à s’interroger sur la place accordée à cette figure historique dans l’espace public local.
Michel Bégon est pourtant loin d’être absent du paysage blésois. Son nom est notamment associé à une rue, une allée forestière, un collège et une maison de quartier.
C’est précisément cette contradiction que l’association souhaite interroger : comment expliquer que le nom de Michel Bégon soit aussi présent dans la ville alors que la dimension coloniale et esclavagiste de son parcours reste peu connue du grand public ?
De Michel Bégon à l’Abbé Grégoire : deux figures, deux rapports à l’esclavage
Le projet porté par l’association repose également sur la mise en regard de deux personnalités liées à Blois : Michel Bégon et l’Abbé Grégoire.
À plus d’un siècle de distance, leurs trajectoires historiques permettent de confronter deux positions profondément différentes sur l’esclavage, le racisme et son abolition.
L’association souhaite ainsi éviter une lecture simpliste de cette histoire. Dans son projet, elle revendique une démarche « contextualisante et éclairante, explicative et éducative », plutôt qu’une logique d’effacement des noms ou, à l’inverse, de glorification des personnages.
L’objectif affiché est d’ouvrir une discussion associant habitants, historiens, élus, acteurs culturels, économiques et sociaux.
Une réflexion déjà engagée à Blois
La table ronde des Rendez-vous de l’histoire s’inscrit dans un travail engagé depuis plusieurs mois.
En avril 2026, l’association avait organisé au cinéma Les Lobis une projection-débat autour du film Furcy, né libre, en présence de son réalisateur Abd al Malik. Cette première initiative avait réuni près de 150 spectateurs.
Un deuxième temps d’échange avait ensuite été organisé en mai à la Maison Bégon.
En juin, l’association avait également accueilli à Blois Pierre-Yves Bocquet, directeur adjoint de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, pour deux rencontres consacrées à Michel Bégon, notamment avec l’équipe enseignante du collège Bégon et les administrateurs de l’association.
Cette démarche s’est également prolongée avec le projet de résidence mission « De quoi Bégon est-il le nom ? », porté avec le collège Bégon et destiné aux élèves de l’établissement pour l’année scolaire 2026-2027.
Trois rendez-vous pendant le festival
L’association Bégon & Grégoire sera présente à plusieurs reprises lors de cette édition des Rendez-vous de l’histoire.
Outre la table ronde consacrée à Michel Bégon, deux projections sont programmées : « Haïti, la rançon de l’indépendance », de Wandrille Lanos, suivie d’un échange avec le réalisateur, ainsi que « Cobra Verde », de Werner Herzog, dans une version restaurée.
Ces rendez-vous doivent permettre d’élargir la réflexion autour de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et de leurs héritages.
Une histoire locale qui veut ouvrir un débat citoyen
Au-delà des Rendez-vous de l’histoire, l’association a élaboré un plan d’actions 2026-2028 autour de plusieurs projets : création d’une pièce de théâtre, bande dessinée, débat citoyen, projet de « contre-monument » consacré à Michel Bégon, hommage à des figures de la résistance à l’esclavage ou encore réflexion autour d’un jumelage avec une ville ultramarine marquée par cette histoire.
L’association souhaite également poursuivre son travail autour de la Journée nationale des mémoires de la traite de l’esclavage et de leurs abolitions.
Pour Louis Buteau, l’enjeu est donc plus large qu’une simple redécouverte historique. Il s’agit de permettre aux habitants de Blois de s’interroger sur leur propre patrimoine, sur les personnages qui donnent leur nom aux rues et aux équipements publics, mais aussi sur les traces contemporaines de cette histoire.
À Blois, la table ronde des Rendez-vous de l’histoire doit ainsi constituer une nouvelle étape dans ce travail de mémoire autour de Michel Bégon : mieux connaître le personnage, comprendre son époque et ouvrir le débat sur l’héritage de l’esclavage.