Procès d’Inass, la petite martyre de l’A10 : « Ce n’était pas une poupée », le premier témoin raconte la découverte du corps

Au deuxième jour du procès des parents d’Inass Touloub, mardi 3 novembre 2026, la cour d’assises de Loir-et-Cher a entendu les premiers témoins de la découverte du corps de la fillette, retrouvé au bord de l’A10, à Suèvres, en août 1987. Parmi eux, Frédéric Laujon, alors âgé de 21 ans, qui travaillait comme saisonnier pour Cofiroute. Un ancien gendarme de la police technique et scientifique est également revenu sur les premières constatations.

Par Nawel Thabet / Medianawplus 

Près de quarante ans après la découverte du corps d’Inass Touloub, les premiers témoins de cette affaire ont été appelés à la barre. Cette deuxième journée d’audience du procès des parents de la petite fille, mardi 3 novembre, était consacrée notamment aux personnes intervenues dans les premières heures de l’enquête : le jeune saisonnier qui a découvert le corps, son collègue, ainsi qu’un gendarme spécialisé dans la police technique et scientifique.

« Ce n’était pas une poupée, il y avait une tête et des pieds »

Premier témoin appelé par la présidente de la cour, Frédéric Laujon avait 21 ans à l’été 1987. Originaire de Romorantin, il était alors étudiant et travaillait pendant les vacances pour l’entreprise Cofiroute, chargée notamment du nettoyage des abords de l’autoroute A10.

Ce jour-là, vers 15 h 20, alors qu’il se trouvait avec un collègue à hauteur de Suèvres, il aperçoit une couverture bleue en contrebas de la glissière de sécurité.

« J’ai aperçu cette couverture qui se soulevait avec les courants d’air. J’ai vu son visage tuméfié. On voyait qu’elle était décédée. J’ai tout de suite posé mon outil et je suis allé prévenir mon collègue », raconte-t-il.

Le jeune homme se souvient avoir découvert ce qu’il décrit d’abord comme « une forme de paquet » dans le fossé. Il alerte immédiatement son collègue : « Ce n’est pas une poupée, c’est bien un enfant décédé. Il y a bien des pieds, un visage et une tête. »

Il précise ne pas avoir touché le corps. Interrogé par la présidente, il indique que la couverture n’était pas visible depuis la route et qu’il l’a découverte presque par hasard, alors qu’un tracteur se trouvait à proximité.

« J’ai été en panique. J’avais 21 ans au moment des faits », explique-t-il. Les gendarmes sont arrivés une dizaine de minutes plus tard, selon son souvenir.

La présidente a ensuite lu la déposition de son collègue, un agent titulaire âgé de 47 ans à l’époque. Celui-ci avait raconté : « Mon collègue m’a tapé dans le dos et m’a dit : “Viens vite, on a une urgence, il y a un gamin dans le fossé. Ce n’est pas une poupée, j’ai vu la tête et les cheveux.” »

L’agent avait alors alerté son responsable par radio. Les deux hommes avaient pris soin de ne rien toucher. Une estafette du peloton autoroutier de gendarmerie passant à proximité, ils avaient fait signe aux militaires de s’arrêter.

Répondant à une question de la partie civile, Frédéric Laujon a estimé que le corps a été déposé à cet endroit, et non jeté.

Un ancien gendarme évoque une découverte « traumatisante »

À la barre, Francis Fourcroy, aujourd’hui retraité, est revenu sur les premières constatations. À l’époque, il était gendarme spécialisé en police technique et scientifique à la section de recherches d’Orléans, où il a exercé entre 1982 et 1988.

Le jour de la découverte, le corps de la fillette avait été transporté à la morgue de Blois. Le militaire se souvient de l’avoir examiné à l’occasion de l’autopsie.

« J’ai le souvenir d’un petit visage tuméfié, très marqué, le corps couvert de blessures et de morsures. C’était traumatisant à voir. C’est la première fois que je découvrais une enfant si martyrisée », témoigne-t-il.

L’ancien gendarme insiste sur les lésions observées : « Je n’ai jamais vu ça, des morsures sur un corps d’enfant. Même quand on découvre des adultes violemment assassinés, on ne voit jamais des morsures. On dirait des morsures d’un animal. »

Au début de l’enquête, les militaires ne disposent d’aucun élément permettant d’identifier la fillette. « On pensait à des parents itinérants qui l’avaient laissée sur place. Des prélèvements ont été faits, notamment sur les vêtements et la couverture », explique Francis Fourcroy. Il quittera son unité sept mois plus tard et n’apprendra l’identification d’Inass qu’en 2018.

Les photographies diffusées à l’audience, les parents interrogés

Au cours de l’audience, la présidente Audrey Debeugny a prévenu le public avant de faire projeter des photographies des lieux, puis de la victime. L’apparition à l’écran du visage tuméfié de la fillette a suscité un moment particulièrement éprouvant.

Jusqu’alors la tête baissée, Ahmed Touloub a été interrogé par la présidente sur sa réaction. « C’est difficile pour moi de dire quelque chose », a répondu le père d’Inass.

La mère, Halima El Bakhti, a brièvement levé les yeux vers l’écran avant de détourner le regard. Elle a rappelé les propos qu’elle aurait tenus lors de la présentation des photographies à la gendarmerie : « Ils les ont montrées à la gendarmerie, j’ai dit : “Ce n’est pas possible, ça ne peut pas être ma fille.” »

Interrogée à nouveau par la présidente, elle a confirmé qu’Inass était bien sa fille.

Une fillette toujours sans identité en 1987

La cour a également découvert la fiche de signalement diffusée à travers la France en 1987, alors que l’identité de l’enfant demeurait inconnue. La photographie de son visage avait été retouchée afin de faire disparaître les blessures. L’avis de recherche la décrivait comme une « enfant de type méditerranéen, 3 à 5 ans, cheveux noirs bouclés ». Il était accompagné d’une photographie de sa robe de chambre à carreaux bleus et blancs.

À l’époque, les enquêteurs envisageaient notamment que l’enfant ait été abandonnée par des personnes de passage et qu’elle n’ait été ni déclarée à l’état civil ni scolarisée.

Francis Fourcroy estime, pour sa part, que l’endroit où le corps avait été retrouvé n’avait pas été choisi à l’avance : selon son témoignage, le dépôt aurait été effectué là par hasard.

Près de quarante ans après les faits, ces témoignages ont ainsi ramené la cour aux premières heures de l’enquête, lorsque les enquêteurs ne disposaient encore d’aucune piste permettant de donner un nom à la fillette.

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