
Affaire de la petite martyre de l’A10 : près de 40 ans après, les parents d’Inass devant les assises à Blois
- Nawel THABET
- 1 novembre 2026
- Centre Val de Loire, Événement, Société
- Affaire de la petite martyre de l’A10, Blois, Loir-et-Cher, Procès, Procès aux assises de Blois, Procès Inass Touloub, slider, Suèvres.
Près de quarante ans après la découverte du corps sans vie d’une fillette de quatre ans sur le bord de l’autoroute A10, à Suèvres, en Loir-et-Cher, l’affaire de la « petite martyre de l’A10 » entre dans une nouvelle étape judiciaire. Le procès d’Halima El Bakhti et d’Ahmed Touloub s’ouvre ce lundi 2 novembre 2026 devant la cour d’assises de Loir-et-Cher, au palais de justice de Blois. Les audiences doivent se poursuivre jusqu’au 18 novembre.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
Longtemps restée sans identité, la petite fille a finalement été identifiée comme étant Inass Touloub, née le 3 juillet 1983. Ses parents, aujourd’hui âgés respectivement de 76 et 74 ans, comparaissent libres. Ils devront répondre devant les magistrats des faits qui leur sont reprochés.
Un procès hors norme, attendu depuis des décennies, qui doit permettre de revenir sur les circonstances de la mort de l’enfant et sur les nombreuses années d’investigations qui ont jalonné cette affaire.
Le corps d’une fillette découvert au bord de l’A10 en 1987
Le 11 août 1987, à 15 h 20, le corps sans vie d’une fillette est découvert sur le bas-côté de l’autoroute A10, à hauteur de Suèvres, dans le Loir-et-Cher. L’enfant a été déposée au bord de l’autoroute, enveloppée dans une couverture.
Âgée d’à peine quatre ans, elle demeure alors inconnue des enquêteurs. Une information judiciaire est ouverte le 25 novembre 1987 pour meurtre. Au fil des années, les investigations se poursuivent, mais les premières procédures se terminent par des ordonnances de non-lieu, en 1991 puis en 1997.
L’enquête connaît plusieurs rebondissements, notamment avec de nouvelles expertises médico-légales et génétiques. Le 11 décembre 1995, l’exhumation du corps et une nouvelle autopsie confirment les violences subies par l’enfant. En 1996, une expertise génétique permet d’identifier un ADN mitochondrial. Mais il faudra encore de nombreuses années pour que les analyses scientifiques permettent de faire progresser l’enquête.
Le tournant des investigations génétiques en 2017
En janvier 2007, une nouvelle information judiciaire est ouverte après que la gendarmerie a signalé la possibilité de reprendre les investigations génétiques. Une expertise réalisée en février 2008 révèle la présence d’ADN masculin et féminin, laissant envisager un lien avec les parents de la fillette.
En septembre 2012, un appel à témoins est lancé à l’occasion des vingt-cinq ans de la découverte du corps. Une nouvelle expertise génétique, en mai 2013, identifie deux profils masculins et un profil féminin supplémentaires, susceptibles de correspondre à des membres de la fratrie.
Le 27 avril 2017, le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) rapproche un profil génétique de celui d’Anouar Touloub, considéré comme un frère probable de la victime. Le 19 juin suivant, une expertise confirme que l’ADN masculin retrouvé sur la couverture correspond à son profil génétique.
En février 2018, une nouvelle expertise confirme les liens de parenté entre les différents profils génétiques et la famille Touloub. Le 12 juin 2018, Halima El Bakhti et Ahmed Touloub sont interpellés et placés en garde à vue.
Les parents renvoyés devant la cour d’assises
Au terme d’une longue procédure judiciaire, les deux parents sont renvoyés devant la cour d’assises de Loir-et-Cher.
Halima El Bakhti est accusée d’avoir soumis sa fille Inass, entre 1986 et le 11 août 1987, à des tortures ou à des actes de barbarie ayant entraîné la mort, sans intention de la donner. Elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Ahmed Touloub est, quant à lui, poursuivi pour complicité de ce crime. Selon l’accusation, il aurait sciemment aidé ou assisté son épouse en s’abstenant d’intervenir pour mettre fin aux violences, alors qu’il en aurait eu connaissance et qu’il était tenu, en qualité de père, de protéger sa fille mineure. Il encourt également la réclusion criminelle à perpétuité.
Les deux accusés comparaissent libres. Ils bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à une éventuelle condamnation. La commune de Suèvres s’est constituée partie civile dans cette affaire.
Une procédure judiciaire marquée par de nombreux rebondissements
Après les interpellations de 2018, la procédure connaît encore plusieurs étapes. Ahmed Touloub est remis en liberté le 14 juin 2019 et placé sous contrôle judiciaire. Halima El Bakhti retrouve également la liberté le 9 juin 2020, avec un placement sous assignation à résidence sous surveillance électronique, puis sous contrôle judiciaire.
Le 25 novembre 2022, une ordonnance intervient en vue de la mise en accusation. Elle est contestée par le procureur de la République, puis par les avocats des deux mis en examen. La chambre de l’instruction ordonne ensuite plusieurs suppléments d’information en 2023 et tient une ultime audience le 17 janvier 2024.
Le 20 juin 2024, la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Orléans rend un arrêt relatif à la mise en accusation des deux mis en examen pour les chefs de tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner et de complicité de ce crime. Les pourvois présentés par les deux mis en examen font ensuite l’objet d’une décision de non-admission de la Cour de cassation, le 25 septembre 2024.
Le 20 janvier 2025, le procureur général saisit la Cour de cassation d’une requête aux fins de renvoi de l’affaire. Cette requête est rejetée le 29 avril 2025.
Près de quatre décennies après la découverte du corps d’Inass, le procès s’ouvre finalement à Blois. Du 2 au 18 novembre, la cour d’assises devra examiner les faits, entendre les parties et se prononcer sur les responsabilités pénales des deux accusés.
Chronologie de la procédure
11 août 1987 Découverte du corps d’une fillette à Suèvres, au bord de l’A10.
25 novembre 1987 Ouverture d’une information judiciaire pour meurtre.
1991 et 1997 Deux ordonnances de non-lieu.
11 décembre 1995 Exhumation et nouvelle autopsie confirmant les violences.
2007-2008 Reprise des investigations génétiques.
Septembre 2012 Appel à témoins, vingt-cinq ans après la découverte du corps.
Avril-juin 2017 Rapprochement génétique avec le profil d’Anouar Touloub.
12 juin 2018 Interpellation des deux parents.
2022-2025 Plusieurs étapes devant les juridictions, jusqu’au rejet de la requête de renvoi.
2 au 18 novembre 2026 Procès devant la cour d’assises de Loir-et-Cher, à Blois.
