Feu d’artifice reporté à Blois : « Le 13 juillet, c’est notre deuxième Noël », la colère des commerçants

La décision de la Ville de Blois de reporter le feu d’artifice du 13 juillet au 29 août continue de susciter de vives  réactions . Si certains habitants comprennent les enjeux environnementaux liés à la protection des espèces protégées nichant sur les îles de Loire, de nombreux commerçants du centre-ville dénoncent une décision qui risque, selon eux, d’avoir de lourdes conséquences économiques.

Par Nawel Thabet / Medianawplus 

Depuis l’annonce faite de reporter le feu d’artifice du 13 juillet au 29 août,  par le maire de Blois, Marc Gricourt, et son premier adjoint Nicolas Orgelet, jeudi 4 juin, les discussions vont bon train dans les rues commerçantes, les cafés et sur les réseaux sociaux. Entre incompréhension, inquiétude et colère, plusieurs professionnels redoutent une baisse importante de leur activité lors de l’un des rendez-vous les plus lucratifs de l’année.

Plus largement, les commerçants rappellent un contexte déjà difficile pour le commerce de centre-ville. Pour certains, cette décision accentue un sentiment d’abandon et d’inquiétude quant à l’avenir de leur activité.

« Une date essentielle pour nos commerces »

Pour beaucoup de professionnels, l’annonce a été brutale. “Un coup de massue”, confie un commerçant qui préfère rester anonyme. Le 13 juillet représente un double chiffre d’affaires.

Dans un contexte déjà difficile pour le commerce de centre-ville, cette décision ravive les tensions. Certains évoquent des difficultés à maintenir leur activité, voire des interrogations sur leur avenir. “On nous empêche de travailler et de créer de l’emploi”, déplore ce même commerçant, dénonçant un manque de considération.

« Le feu d’artifice du 13 juillet est un symbole de la Fête nationale. C’est aussi l’une des journées les plus importantes de l’année pour nos commerces. Les habitants et les touristes passent une première fois dans l’après-midi puis reviennent après le spectacle. Ce double passage nous permet souvent de doubler notre chiffre d’affaires sur une seule journée. Si on enlève ça, on perd énormément », explique ce même  commerçant.
Selon lui, cette soirée constitue, avec Noël et le Nouvel An, l’un des trois grands temps forts commerciaux de l’année.
« Le commerce en centre-ville traverse déjà une période compliquée. Cette décision tombe comme un coup de massue. Nous avons besoin de ces événements pour travailler, maintenir nos emplois et faire vivre nos établissements », poursuit-il.

« Le 14 juillet fait partie de l’identité de la France »

Même sentiment pour Laëtitia Houssin, qui estime que le report du feu d’artifice risque de fragiliser davantage l’activité commerciale locale.

« Le 14 Juillet est une fête nationale très attendue. C’est un moment de rassemblement populaire auquel les habitants sont attachés. Aujourd’hui, nous avons déjà peu d’événements fédérateurs. Si l’on commence à décaler ce type de rendez-vous, cela pénalise forcément les commerçants », estime-t-elle.
Elle ne remet pas en cause la nécessité de protéger la biodiversité mais s’interroge sur les solutions envisagées.
« Il aurait peut-être fallu étudier d’autres options : déplacer le feu d’artifice, envisager un spectacle de drones ou trouver un autre site. Le 29 août correspond à la fin des vacances d’été. Beaucoup de familles sont déjà tournées vers la rentrée scolaire. Ce ne sera pas la même dynamique. »

Les Vitrines de Blois craignent une baisse de fréquentation

Du côté de l’association des Vitrines de Blois, l’inquiétude est également palpable. Sa manager, Laura Julien, souligne l’importance de cette soirée pour l’attractivité du centre-ville. Elle précise qu’ il est encore difficile d’évaluer précisément les conséquences économiques du report.

Bars, restaurants et commerces de prêt-à-porter sont particulièrement concernés. Le 13 juillet, habituellement un lundi calme, devient une journée exceptionnelle grâce à l’afflux de visiteurs.

« Nous ne connaîtrons l’impact réel qu’après coup. Mais nous sommes inquiets. Le 13 juillet attire énormément de monde dans le centre-ville, notamment pour les bars, les restaurants et les commerces de proximité. Cette fréquentation exceptionnelle génère une activité importante pour toute l’économie locale. »
Elle rappelle que cette soirée constitue traditionnellement l’une des plus fortes affluences de l’année.
« Même pour les commerces de prêt-à-porter, qui connaissent habituellement un lundi plus calme, le feu d’artifice permet de faire venir de nombreux visiteurs. Notre inquiétude porte sur une éventuelle baisse du trafic et donc du chiffre d’affaires. »
Des habitants partagés entre tradition et protection de l’environnement

Si la colère domine chez les commerçants, certains tentent de nuancer. La question écologique, notamment liée à la protection des oiseaux, est entendue, mais jugée mal anticipée ou mal compensée.

Dans les rues de Blois, les habitants affichent des avis plus nuancés. Certains se disent déçus de ne pas retrouver ce moment festif emblématique, tandis que d’autres saluent une décision plus responsable sur le plan écologique. “C’est dommage, mais si c’est pour protéger la planète, ça se comprend”, confie un jeune Blésois. D’autres rappellent qu’il ne s’agit que d’un report, appelant à attendre pour juger ses effets.

Kevin, rencontré dans les rues du centre-ville, reconnaît être partagé. « D’un côté, c’est dommage de perdre le côté festif du 13 juillet. Mais si l’on regarde l’aspect environnemental, protéger les oiseaux et réduire les nuisances me paraît aussi important. Ce n’est pas une suppression mais un report. », souligne -t-il.

D’autres habitants soutiennent pleinement la décision municipale

« Je trouve normal de protéger les espèces. Je ne comprends pas toutes les polémiques. Le feu d’artifice est maintenu, simplement à une autre date », estime une Blésoise.
Certains regrettent toutefois la disparition du rendez-vous traditionnel du 13 juillet.
« C’est une fête populaire que beaucoup de familles attendent chaque année. On est forcément un peu déçus », confie une habitante.
Une décision qui continue de diviser
Alors que la municipalité défend un choix guidé par les conclusions d’une étude scientifique sur la protection des sternes et des mouettes en période de nidification, le débat reste vif à Blois.
Pour les commerçants, la question dépasse désormais le seul cadre environnemental. Ils craignent que la perte d’un événement emblématique du calendrier estival fragilise encore davantage l’attractivité commerciale du centre-ville.
Le rendez-vous est désormais fixé au 29 août.

Entre tradition, économie locale et enjeux environnementaux, la décision municipale divise. Mais pour les commerçants, une chose est sûre : la disparition du 13 juillet dans sa forme habituelle pourrait laisser une trace durable dans leurs comptes… et dans le cœur des Blésois. Reste à savoir si cette nouvelle formule parviendra à convaincre les habitants, les touristes… et surtout les commerçants.