
Féminicide de Suèvres : des centaines de personnes marchent à Blois en mémoire de Vicinthe et réclament justice
- Nawel THABET
- 5 juillet 2026
- Société, Centre Val de Loire
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Des centaines de personnes ont participé, dimanche 5 juillet à Blois, à une marche blanche en hommage à Vicinthe Samba Mpassi, aide-soignante et mère de cinq enfants, tuée par son conjoint à Suèvres dans la nuit du 11 au 12 juin. Parti de l’hôpital où elle travaillait pour rejoindre le palais de justice, le cortège a porté une exigence claire : vérité, justice et soutien à sa famille.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
Une marche blanche chargée d’émotion en hommage à Vicinthe Samba Mpassi, aide-soignante et mère de cinq enfants, tuée à Suèvres. Famille, proches, collègues et associations ont appelé à lutter contre les féminicides et les violences faites aux femmes.
« Vicinthe, ton silence crie encore » : une marche blanche pour ne jamais oublier
« Vicinthe, ton silence crie encore. Nous marchons pour toi, pour la vérité, pour la justice. Ton souvenir vivra dans nos cœurs. Repose en paix. Justice pour Vicinthe Samba Mpassi. Une vie arrachée, une douleur immense. Nous marchons pour que justice soit rendue à Vicinthe. Tu ne seras jamais oubliée. Une marche, une exigence : la justice. Pour Vicinthe. Pour la vérité. Pour la justice. Nous ne t’oublierons jamais. »
Ces mots, inscrits sur une grande banderole portant le portrait de Vicinthe Samba Mpassi, étaient portés par les membres de l’association Les Sisters de Blois, à l’origine, avec plusieurs associations féministes, de la marche blanche organisée ce dimanche 5 juillet 2026.
Des centaines de personnes venues de Blois, de Suèvres, d’Orléans et d’ailleurs, ont défilé en silence ou en larmes, composant un cortège dense et digne. Elles ont répondu présentes pour rendre un dernier hommage à cette aide-soignante du Centre hospitalier Simone Veil de Blois et mère de cinq enfants, tuée par son conjoint dans la nuit du 11 au 12 juin dernier à son domicile de Suèvres, près de Blois.
Une marche partie de l’hôpital où travaillait Vicinthe
Le rassemblement a débuté à 14 h 30 sur le mail Pierre-Charlot, devant le Centre hospitalier Simone Veil de Blois, où travaillait Vicinthe. À 15 heures, le cortège s’est élancé en direction du palais de justice, dans un silence chargé d’émotion.
Avant le départ, la maman de Vicinthe, venue spécialement de Brazzaville, a tenu à remercier les personnes présentes.
« Je vous remercie d’être là. Merci pour votre soutien. », a-t-elle simplement déclaré, la voix brisée par l’émotion. Des mots simples qui ont profondément ému les centaines de participants.
Portée par les membres de l’association Les Sisters de Blois, la banderole en hommage à Vicinthe Samba Mpassi appelait à la vérité, à la justice et à ne jamais oublier la victime de ce féminicide.Crédit photo Nawel Thabet / Medianawplus
« Il fallait que sa maman puisse être présente »
Très émue, Corinne Kibongui-Saminou, amie de Vicinthe et adjointe au maire de Blois chargée de l’égalité femmes-hommes, est revenue sur l’organisation de cette marche.
« Il a fallu attendre que le corps de la victime soit restitué à la famille et que sa mère puisse venir de Brazzaville. Grâce aux services de l’État, la procédure de visa a pu être facilitée. Je remercie le préfet et le maire pour leur soutien afin que la maman puisse être parmi nous en quinze jours. »
À l’arrivée devant le tribunal judiciaire, elle s’est adressée directement à la famille, « aujourd’hui, on a marché, on a pleuré. Maintenant, place à la justice de faire son travail. Il n’y aura pas de prise de parole, tout a été dit pendant cette marche. »
Puis, se tournant vers les proches de Vicinthe : « Famille Samba, vous n’êtes pas seule. Nous sommes tous avec vous. »
L’émotion immense des proches de Vicinthe
Devant le palais de justice, plusieurs centaines de personnes ont allumé des bougies blanches. La première a été allumée par Emmanuel, le fils aîné de Vicinthe, désormais responsable de ses frères et sœurs.
Très éprouvé, il a simplement confié : « je n’ai pas de mots. Je n’ai pas le moral. Je suis épuisé. Maintenant que ma grand-mère est là parmi nous, nous pouvons préparer les obsèques prévues demain. »
Son oncle a également nous a confie « notre famille est très émue. Nous exprimons notre gratitude à toutes les personnes qui se sont mobilisées pour notre nièce. Cette solidarité nous touche énormément. C’est une immense douleur pour les enfants, pour toute la famille et pour ses amis. Vicinthe avait énormément de famille. Elle était adorable, profondément aimable. »
« Je marche pour Vicinthe »
Parmi les nombreux participants figuraient des représentants d’associations, des collègues, des habitants et de simples citoyens.
Cristelle Bérenger explique : « je marche pour Vicinthe. C’était naturel d’être présente, au regard de mes convictions féministes et de celles des organisations que je représente. Nous devons entourer cette famille et rappeler qu’une loi intégrale contre les violences sexistes, sexuelles et les violences faites aux enfants est indispensable. »
Nina Ould-Amin Marion, directrice de l’Association des familles monoparentales de Loir-et-Cher, confie : « c’était important pour moi d’être là parce que je suis une femme et que Vicinthe était, d’après tous les témoignages, une femme formidable et aimante. J’ai rencontré ses enfants, j’ai rencontré sa maman. Perdre un enfant est insupportable. Les violences sont beaucoup trop nombreuses dans notre pays. Il faut que le Gouvernement fasse le nécessaire pour que cela cesse. »
Marie, des collectifs féministes 41, insiste sur la prise en charge des victimes : « nous sommes là aujourd’hui pour soutenir la famille de Vicinthe dans le drame qu’elle traverse, mais aussi pour rappeler qu’il faut une véritable prise en charge des victimes de violences. Nous croyons toutes les victimes. »
Nesserine, aide-soignante au Centre hospitalier de Blois, Très émue, elle évoque les souvenirs de sa collègue.
« Je suis là pour soutenir la famille de Vicinthe. Je l’ai connue d’abord comme voisine avant que nous nous retrouvions au travail. Nos enfants ont le même âge. C’était une femme adorable, qui ne disait rien malgré les violences qu’elle subissait. Je ne comprends pas qu’en 2026 nous vivions encore une telle injustice. »
Cristian Bilal, Franco-Congolais venu d’Orléans, « je suis venu d’Orléans pour soutenir la famille, les enfants et la maman de Vicinthe. J’ai été profondément touché par ce drame. Je voulais rendre hommage à la femme qu’elle était et dénoncer ces féminicides qui surviennent encore trop souvent après une séparation. »
Des chants, des larmes et un dernier hommage
Sous une chaleur accablante, les centaines de participants ont parcouru les rues de Blois entre l’hôpital , l’avenue Maunaurie et le palais de justice.
Tout au long du parcours, des chants congolais, interprétés par les proches de Vicinthe, ont accompagné la marche.
Les paroles, évoquant la douleur d’une mère ayant perdu sa fille — « Tu me donnais tout ce que je demandais, maintenant que tu n’es plus là, comment vais-je faire ? » — ont bouleversé les manifestants et fait couler de nombreuses larmes.
Une marche pour la mémoire… et pour la justice
La marche s’est achevée devant le palais de justice sur la chanson « No Woman, No Cry » de Bob Marley, entonnée par Corinne Kibongui-Saminou et plusieurs manifestantes, puis sur une chanson de Beyoncé diffusée en clôture de cette marche blanche dans une émotion intense. Un mélange de recueillement, de dignité et de résistance, pour rappeler que derrière les chiffres des violences conjugales, il y a des vies, des familles et des communautés meurtries.
Une marche émouvante, pour que Vicinthe Samba Mpassi ne soit ni oubliée ni réduite à un fait divers, et pour que la justice puisse désormais pleinement faire son œuvre.
