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Mur tagué par les jeunes du quartier Sanitas à Tours. Crédit photo : A.M

Tours : Au Sanitas, le sourire y est aussi

Par Amira Mahfoudi/ Medianawplus

 

Le quartier du Sanitas, 9000 habitants, situé en plein cœur du centre ville de Tours, fait l’objet de nombreuses controverses. Tantôt étiqueté de délinquance, tantôt adoré, sa mémoire est celle des classes populaires et immigrés qui y habitent.

A la lisière de l’avenue Charles de Gaulle à Tours, se situe le Sanitas. Dans ce quartier hérissé de tours, une centaine de profils habillent les murs de deux bâtiments. En noir et blanc, des enfants, des femmes, des jeunes et moins jeunes, connus de leur cité, accueillent avec le sourire, les rares personnes qui y passent. C’est l’œuvre artistique « Souriez, vous êtes au Sanitas ! » portée par des associations du quartier et l’artiste français JR pour le projet Inside Out. « L’objectif de ce projet, était de montrer qu’aux Sanitas, il n’y a pas que la pauvreté, la misère, la délinquance, mais il y-a aussi le sourire, la solidarité et la bienveillance », témoigne Leroy Wilfried, Président du centre social Pluriel.dont , les locaux sont situés au cœur du Sanitas.

Inhabituel dans un quartier qui ne se tait jamais. En ce début d’après- midi d’octobre, le calme règne le long de l’avenue Charles de Gaulle. La brasserie du coin, qui d’habitude bouillonne, a débarrassé ses tables pour cinq jours de vacances.

Le salon de coiffure de la cité est quasiment vide de clients, hormis un, sur le point de partir. Dès l’entrée du salon, un grand drapeau français. Des chansons en langue étrangère et en français s’enchaînent. Le coiffeur, d’abord réticent à nous répondre, dit avec un ton las : « ceux qui disent que le Sanitas, c’est la délinquance, ils n’ont qu’à ne pas venir ou le quitter. » Il s’empresse d’ajouter, avec une voix plus apaisée cette fois-ci : « J’y habite et ai mon commerce depuis dix ans sans avoir le moindre problème. Même à 2h du matin les voisins, ici, sont prêts à venir vous aider. Leurs portes sont toujours ouvertes. Une solidarité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. »

Son associé dans la même pièce réplique. Un échange en albanais s’amorce entre les deux : « Personne n’habite dans le Sanitas par libre choix. C’est soit parce qu’ils n’ont pas assez d’argent, soit, parce qu’ils sont des migrants », traduit le coiffeur.

A quelques mètres du salon, chez « Rachid cybercafé », comme il aime se nommer, des mots en dialectes maghrébins s’emparent des échanges dans la boutique. Seule derrière sa caisse, le quadragénaire semble être dépassé par le flux des clients, « vous voyez, il y’a vraiment de tout dans ce quartier. » En 20 ans, il en a vu de toutes les couleurs. « Il y’a des enfants qui sont devenus des médecins au CHU de Trousseau et il y’a ceux qui sont devenus des trafiquants de stupéfiants » dit-il en pointant du doigt, depuis la vitre de son commerce, une poignée de jeunes en bas d’un immeuble.

Sujet de stigmatisation et d’attachement à la fois

Le Sanitas, longtemps considéré comme un endroit « coupe-gorge », reste l’un des rares quartiers populaires situé en plein centre d’une métropole en France. Il a de nombreux atouts : une ligne de tramway qui le traverse du nord au sud, une gare de train à proximité, il est au carrefour de toutes les principales rues de Tours et des commerces y (re)prennent vie. Et pourtant « c’est là où il ne faut pas aller à Tours » vous diront certains.

La mauvaise image qui colle à cette cité de 9000 mille habitants n’est pas nouvelle : « Les gens ont peur de venir ici, parce qu’ils ignorent la richesse culturelle qu’ils peuvent y croiser», déplore Leroy Wilfried, président du centre social Pluriel.les

Son histoire commence principalement en janvier 1959, le Sanitas possède aussi une mémoire. Celle-ci converge avec les mémoires de ses habitants majoritairement issus des classes populaires et des vagues d’immigration successives : maghrébines d’abord, puis subsaharienne, turques et albanaises. Raison pour laquelle, il est devenu un lieu de brassage social où se mélangent les différentes cultures.

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Le projet “Inside out” lancé en 2011 par l’artiste français JR. Au sanitas, il a pris le nom de « Souriez, vous etes au Sanitas. Crédit photo : A.M

L’association Pluriel.les, est ainsi devenue le principal levier de la vie culturelle et citoyenne du quartier, « avec près de 1000 adhérents de tous bords », affirme Ingrid Avertin, agent d’accueil et habitante du quartier, qui paraît débordée par les derniers points d’organisation de la soirée célébrant la journée mondiale du refus de la misère dans le monde du 15 au 17 octobre 2021.

A cette occasion, un groupe de militants et artistes traversent la passerelle Fournier, reliant le Sanitas et Velpeau. Ils marchent en brandissant des pancartes dénonçant les inégalités et la misère qui imprègnent notre société. À la soirée du 16 octobre 2021, qui s’est déroulée à la coopérative culturelle « Le Bateau ivre », des artistes du quartier et d’autres venus d’un peu partout se sont exprimés sur leur vécus.

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A l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère, une série de débats, d’expositions et une marche se sont déroulés entre le quartier Sanitas/Velpeau. Crédit photo : A.M
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A l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère, une série de débats, d’expositions et une marche se sont déroulés entre le quartier Sanitas/Velpeau. Crédit photo : A.M

Dans cette marche, nous retrouvons le maire de Tours Emmanuel Denis. Il saisit l’occasion pour reconnaitre et rappeler l’importance de se rattacher aux valeurs de la République ,«c’est fort urgent de rappeler que dans nos valeurs républicaines, il y’a la fraternité et la solidarité. ».Conscient des difficultés qu’endurent les habitants du quartier, notamment les jeunes, il croit en l’importance de l’école à y remédier, « la priorité, c’est l’école. Nous allons restaurer les deux écoles du quartier et une troisième  sera construite. » conclut le maire.

A quelques kilomètres, à la sortie des enfants de l’école Michelet, le quartier bouillonne de nouveau.

 

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