
À Blois, jeunes et Défenseur des droits dressent le constat alarmant des discriminations liées à l’origine lors d’une table ronde organisée par l’AFHIA
- Nawel THABET
- 26 mai 2026
- Centre Val de Loire, Société
- #Racisme, #Témoignages, AFHIA, Blois, Défenseur des droits, discriminations, emploi, jeunes des quartiers, Logement, Loir-et-Cher, Police, rapport discriminations 2026, slider
À Blois, une table ronde organisée par l’association AFHIA a réuni vendredi 22 mai, élus, représentants du Défenseur des droits, associations et jeunes autour d’un constat partagé : les discriminations liées à l’origine continuent de fragiliser les parcours de vie. Les témoignages recueillis et les chiffres du dernier rapport du Défenseur des droits dressent un tableau préoccupant, mais ouvrent aussi des pistes d’action pour répondre à cet enjeu d’égalité.
Par Nawel Thabet / Medianawplus
Dans une salle Dorgelès comble, riche de diversité et d’émotions, les témoignages se sont succédé ce vendredi 22 mai à Blois lors d’une grande table ronde consacrée à la lutte contre les discriminations. Cette dernière a pris la forme d’un échange franc, nourri par des témoignages, des chiffres et des appels à l’action.
Organisée par l’association AFHIA, cette table ronde s’inscrivait dans une démarche de sensibilisation et de dialogue autour des discriminations liées à l’origine, à la couleur de peau, à la religion, au genre ou encore à l’orientation sexuelle.
La rencontre s’est tenue en présence de Nassiri Attar, délégué territorial du Défenseur des droits, et de Slimane Laoufi, chef du pôle régional Normandie-Centre Val de Loire et ancien conseiller ministériel chargé de la diversité. Tous deux ont rappelé le rôle central de l’institution dans la défense des droits et l’accompagnement des personnes confrontées à des situations de discrimination. L’objectif : écouter, comprendre, témoigner et agir face aux discriminations.
« La diversité n’est pas une menace, c’est une force »
En ouverture de la rencontre, Hasna Fraisse a rappelé l’engagement de son association dans les quartiers nord de Blois.
« La discrimination et les discours de haine fragilisent notre cohésion sociale. Il est urgent d’agir ensemble pour défendre le respect, la solidarité et le vivre-ensemble », a-t-elle déclaré.
La présidente d’AFHIA a également insisté sur les blessures invisibles causées par le racisme, l’antisémitisme ou les discriminations liées à l’origine, à la religion ou à l’orientation sexuelle.
« Ces blessures sont humaines, sociales, parfois invisibles, mais toujours profondes. »
Depuis plusieurs années, l’association multiplie les actions citoyennes : théâtre-forum, cafés citoyens, débats, groupes de parole et ateliers de sensibilisation.
En 2023, un théâtre-forum organisé avec plusieurs partenaires avait réuni près de 120 participants.
À travers son portail Ô Partage AFHIA, l’association accompagne au quotidien des familles, des jeunes et des habitants aux parcours multiples. Son ambition : créer des espaces de dialogue pour que chacun trouve sa place dans la dignité.
Hasna Fraisse a également insisté sur l’importance des actions citoyennes menées avec les partenaires associatifs et institutionnels : théâtre-forum, débats, groupes de parole, cafés citoyens. « Le vivre-ensemble ne se décrète pas, il se construit », a-t-elle rappelé.
« Notre objectif est simple : faire réfléchir, déconstruire les préjugés et donner à chacun les outils pour mieux comprendre l’autre », a poursuivi Hasna Fraisse avant de conclure sous les applaudissements : « La diversité n’est pas une menace, c’est une force. »
« Une République se juge à sa capacité à protéger les plus fragiles »
Le délégué territorial Nassiri Attar a rappelé le rôle du Défenseur des droits, autorité administrative indépendante chargée de protéger les citoyens. Il a rappelé que l’institution, créée en 2008 et confortée par la loi organique de 2011.
« Nous sommes plus de 600 délégués au niveau national. Dans le Loir-et-Cher, nous sommes trois délégués assurant des permanences dans les Maisons France Services, les maisons de justice et même en milieu carcéral »
Sa mission principale : écouter, accompagner et orienter les personnes victimes d’injustices ou de discriminations.
Pour Nassiri Attar, de nombreuses victimes restent isolées face à des démarches administratives complexes.
« Une République se juge à la qualité de ses lois, mais aussi à sa capacité à prendre en compte les personnes démunies », a-t-il insisté. Il a également rappelé que les jeunes sont particulièrement exposés aux discriminations liées à l’origine, à l’emploi, aux contrôles d’identité ou encore aux relations avec les institutions.
Selon lui, les saisines ont fortement augmenté : +17% entre 2024 et 2025, et +60% depuis 2020. Un signal qui traduit la complexification des situations et la nécessité d’un accompagnement renforcé.
Un rapport national aux chiffres glaçants
Le moment fort de la soirée est venu avec l’intervention de Slimane Laoufi, venu présenter le rapport national publié le 26 février 2026, sous le titre « Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine : répondre à l’impératif d’égalité ». Le document met en lumière une surexposition des jeunes d’origine étrangère ou perçus comme tels.
Ce rapport de 103 pages s’appuie notamment sur des témoignages recueillis à Blois, Renne, Marseille et d’autres villes auprès de jeunes des quartiers populaires. Les chiffres dévoilés ont profondément marqué le public.
Un quart des jeunes immigrés ou descendants d’immigrés déclarent avoir subi une discrimination liée à l’origine ou à la couleur de peau ;
41 % des jeunes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins disent avoir été discriminés dans leur recherche d’emploi ; 55 % évoquent des discriminations dans leurs relations avec la police ;
Les jeunes ultramarins ou perçus comme originaires d’Afrique subsaharienne ont jusqu’à 40 % de chances en moins d’obtenir un logement.
« La discrimination touche toutes les étapes de la vie : l’école, les stages, l’emploi, le logement, les loisirs ou encore les contrôles d’identité », a expliqué Slimane Laoufi.
Le responsable régional a dénoncé des discriminations « cumulatives et systémiques » qui fragilisent durablement les parcours de vie.

« Quand ils entendaient mon accent, c’était non »
La table ronde a aussi donné la parole à des jeunes venus raconter leur vécu. Leurs témoignages ont illustré de manière concrète la réalité décrite dans le rapport. Ils ont donné un visage humain à ces statistiques.
« Quand ils me voyaient ou entendaient mon accent, c’était non catégorique. »
Thierry, originaire du Cameroun, a raconté les difficultés rencontrées pour trouver un stage durant ses études en BTS management.
Il raconte avoir finalement surpris une secrétaire le désignant comme « l’Africain avec l’accent » lors d’un appel téléphonique passé devant sa professeure.
Quelques années plus tard, devenu directeur adjoint d’une chaîne internationale de restauration rapide, il recroise ce même directeur venu déposer un CV après une condamnation judiciaire.
« J’ai accepté sa candidature parce que moi, je suis du bon côté de l’histoire. ».
« Subir des discriminations, c’en est une chose ; en faire subir, c’en est une autre. Il faut toujours être du bon côté de l’histoire. » Un témoignage accueilli par une longue ovation.

« Plus on est typé, plus c’est compliqué »
Khadidja, elle aussi, a évoqué ses difficultés pour décrocher un stage scolaire.
« La majorité de ma classe a reçu une réponse positive de la part de la mairie de Blois, sauf moi. J’ai compris qu’en étant une personne typée ou d’origine africaine, c’était plus compliqué. »

Même constat pour Yahia, ingénieur syrien spécialisé en intelligence artificielle.
« Je cherche un emploi depuis des années malgré mon diplôme. Je ne comprends pas pourquoi personne ne veut m’embaucher. »

Ces témoignages ont suscité une forte émotion dans la salle, rappelant que les discriminations ne relèvent pas seulement de statistiques, mais d’expériences vécues au quotidien.
Douze recommandations pour agir
Face à ces constats, le Défenseur des droits formule douze recommandations nationales pour lutter contre les discriminations. Parmi elles : renforcer les campagnes d’information ; améliorer les dispositifs de signalement ; garantir l’égalité d’accès aux stages et à l’alternance ; mieux encadrer les contrôles d’identité.
Le numéro 39 28 et la plateforme antidiscriminations.fr ont également été rappelés comme outils d’accompagnement des victimes. Depuis leur lancement, plus de 65 000 appels ont été enregistrés.
« Parler pour faire avancer les choses »
Au-delà des chiffres, cette soirée aura surtout permis de libérer la parole.
Dans une atmosphère à la fois grave et fraternelle, participants, habitants et intervenants ont insisté sur l’importance de témoigner pour faire évoluer les mentalités.
Le message final de la rencontre résume l’esprit de cette table ronde : parler, témoigner et comprendre pour agir. À Blois, l’association AFHIA et ses partenaires ont voulu faire de ce rendez-vous un espace de parole, mais aussi un point de départ pour des actions concrètes contre les discriminations.
