Tramor Quemeneur,
Tramor Quemeneur, historien de l'Algérie, Chargé de cours (universités Paris 8 et Cergy), membre du Conseil d'orientation du Musée national d'histoire de l'immigration (MNHI).

Tramor Quemeneur, historien de la Guerre d’Algérie« ce sont les archives civiles et judiciaires qui sont consultables,et non militaires »

Propos recueillis par Amira Mahfoudi/ Medianawplus

 

Le texte officialisant l’ouverture des archives françaises relatives aux affaires judiciaires et aux enquêtes de police durant la guerre d’Algérie entre 1954 et 1966 a été publié le 23 décembre 2021 au Journal officiel. Cette décision avait été annoncée par Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, début décembre.

« J’ouvre avec 15 ans d’avance les archives sur les enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police qui ont un rapport avec la guerre d’Algérie », a ainsi annoncé Roselyne Bachelot.

L’accès, sans dérogation et pour tous, aux archives civiles et judiciaires des affaires produites pendant la guerre d’Algérie. Cet arrêté s’inscrit dans la politique de réconciliation mémorielle initiée par le Président de la République.

Par ailleurs, en mars, Emmanuel Macron avait déjà décidé de « faciliter l’accès aux archives classifiées de plus de cinquante ans», couvrant la période de la guerre.

Tramor Quemeneur, historien de la Guerre d’Algérie et enseignant-chercheur à l’Université Paris 8, nous a apporté un éclairage sur cette initiative dans une interview accordée à Medianawplus.

Rédaction: L’ouverture des archives judiciaires de la police et de la gendarmerie pendant la guerre d’Algérie, Pourriez-vous nous apporter plus de précision sur les archives dont il est question ?

Tramor Quemeneur:  Il s’agit des archives produites par les enquêtes de police dans le cadre des instructions judiciaires au niveau des procès. Suite à cette ouverture, les procès verbaux, les interrogatoires ainsi que les procédures judiciaires engagées à l’encontre des mouvements indépendantistes comme FLN et le Mouvement national algérien (MNA) seront consultables. De l’autre côté, tous les réseaux et personnes favorables à l’Algérie française, l’OAS et ses agissement seront également mises au jour. Ceci dit, ces archives concernent beaucoup plus la France métropolitaine que l’Algérie. Ce sont les archives civiles et judiciaires, non militaires.

R:  Dans quelle mesure ces archives apporteront un éclairage sur les exactions, tortures et disparitions pendant cette période de guerre ?

T.Q : Il faut savoir que dans les procès, nous n’avons pas d’indication si la personne interrogée ou poursuivie en justice a été forcément torturée. En tant qu’historien j’ai déjà consulté ce genre de document sous dérogation, si je savais que la personne a été réellement torturée par un autre moyen, le procès-verbal ne le signale aucunement. C’est à nous historiens de faire le travail d’interprétation. Les archives en tant que telles ne disent pas toutes la vérité. Ce sont des éléments qui peuvent servir pour mieux connaître les événements.

R:  En quoi cette ouverture apporte plus de renseignements sur les massacres des manifestants algériens du 17 octobre 1961 à Paris ?

T.Q:  Nous n’aurons pas plus de détails sur ces massacres. Or cela peut conduire à ouvrir et faciliter le travail des historiens. Toutes ces archives étaient consultables sous dérogation. Même si c’est sur de longs délais, en tant qu’historien, nous avions la possibilité ,par une demande écrite, d’obtenir une autorisation pour les feuilleter. L’hypothèse du refus n’était pas à écarter. Cela pour dire qu’il n y aura pas d’archives inédites. C’est un droit démocratique d’aller voir les archives. Citoyennes et citoyens auront ce droit. À partir du moment où il y a des éléments et documents qui sont ouverts, cela permet d’avoir un accès à une certaine vérité.

R:  Comment cet arrêté apporte une pierre au chantier mémoriel entamé entre la France et l’Algérie ?

T.Q:  Cette décision permettrait justement de poursuivre le travail sur le dossier mémoriel et de mieux connaître cette période. Nous avons encore beaucoup de chantiers à mener. Les procédures de dérogations étaient longues et laborieuses, ce qui bloquait le travail des historiens. Non seulement explorer de nouveaux pans de cette histoire mais encore motiver les étudiants à lancer des recherches.

R:  Les autorités algériennes n’ont pas réagi suite à cette décision. Celles-ci attendent une récupération des archives au lieu d’une ouverture. La récupération serait-elle envisageable ?

T.Q:  Ce n’est pas possible que l’Algérie puisse récupérer toutes les archives. Ce sont les archives qui se rapportent à l’Algérie et aux Algériens qui peuvent être récupérables par les autorités algériennes. Ceci n’est pas envisageable sur les archives produites par les institutions françaises et qui sont du ressort de celles-ci.

 

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